
Franchir la ligne
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CAROLE73
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Première mission
PDV : APRIL
Je m'appelle April et j'étais journaliste politique. Puis, mon journal local a fermé, et j'ai dû me réinventer dans un tout nouveau domaine : le sport.
Ce matin a lieu ma première réunion d'équipe avec le grand patron, Nicolas. Lors de mon entretien, il m'a semblé un peu tendu, un peu insistant, mais j'ai fait semblant de ne rien remarquer. Il doit avoir la quarantaine, et a toujours l'air d'être sur le qui-vive.
Il se tient raide et bien droit, comme si le monde entier lui en voulait personnellement.
Je m'assois à la longue table de réunion, et mes nouveaux collègues m'observent avec une grande curiosité. J'essaie de ne pas les dévisager en retour, mais je sens leurs regards sur moi — c'est peut-être du jugement, ou simplement de la curiosité pour savoir ce que je vais apporter à l'équipe. Finalement, le grand patron entre.
Il adresse à tout le monde un sourire rapide et presque mécanique avant de s'asseoir et de commencer.
« J'aimerais vous présenter un nouveau membre de notre équipe, April Curtis, notre nouvelle journaliste sportive. Elle va remplacer Andy, qui est parti à New York. »
Un lourd silence s'installe dans la pièce, et un sentiment de malaise m'envahit. Puis, l'un d'eux — un homme avec une barbe épaisse — applaudit lentement, l'air presque moqueur.
« Pathétique. Une femme pour la rubrique sportive… Tu ne pouvais pas trouver mieux que ça, Nick ? » dit-il avec un sourire narquois.
Mon cœur bat très fort, mais je garde une expression neutre. Nicolas tourne brusquement la tête vers lui, comme s'il s'attendait à cette remarque.
« Ferme-la, Baltazar. Elle est très qualifiée. J'ai lu son CV et il est parfait. » Puis il se tourne vers moi. « Quel domaine couvriez-vous, déjà ? »
Je déglutis, mais ma voix sort de manière ferme et fière. « La politique. »
Baltazar éclate d'un rire fort et méprisant. Mais Nicolas ne le laisse pas s'en tirer comme ça.
« Ouais, la politique ou le sport, c'est la même chose. Il y a toujours un gagnant et un perdant », dit-il avec un petit sourire sec, comme s'il transformait cette remarque en sa propre blague.
Tout le monde se force à rire, sauf moi et Baltazar. Ce n'est pas grave. Je ne l'aime déjà pas, et rien ne changera ça.
Je suis du genre rancunière. Il y a deux choses que je déteste dans la vie : les idiots et le sport.
Alors, quand j'ai accepté de devenir la « journaliste sportive » du journal, je n'étais pas vraiment ravie. Mais comme on dit, il faut bien manger et payer les factures, et c'était le premier travail que j'ai trouvé.
Quant aux idiots, j'en ai déjà un assis juste devant moi. Quelque chose me dit que le monde du sport en est rempli. Comment dit-on déjà ? Tout dans les muscles, rien dans la tête.
Nicolas desserre sa cravate et défait le premier bouton de sa chemise, comme s'il faisait soudain trop chaud dans la pièce. Pendant ce temps, une cafetière fait le tour de la table, et quand elle arrive vers moi, je m'en verse une grande tasse. J'en ai bien besoin, surtout après avoir à peine dormi la nuit dernière en pensant à mon premier jour.
Je prends une grande inspiration et je bois une gorgée. Le café est dégueulasse… peu importe.
Soudain, je remarque que tout le monde me regarde. J'ai raté un épisode. Je n'écoutais pas — j'étais trop distraite par mon café.
« Alors ? » demande Nicolas.
« Alors quoi ? »
« Je vous demandais si vous étiez au courant du grand événement sportif qui va avoir lieu en ville. »
« Du football ? » je réponds un peu au hasard. Je n'en sais rien, je ne m'intéresse pas vraiment au sport.
Il soupire, et bien sûr, c'est l'idiot de Baltazar qui répond.
« Du hockey ! On est dans la ville du hockey ! »
« Du hockey. Et vous allez tout de suite prendre rendez-vous avec le meilleur joueur de l'équipe, Samuel Bardan. »
Je note son nom sur mon carnet et je souris bêtement.
« Vous savez au moins qui c'est ? »
« Oui, bien sûr. » Je mens avec une telle facilité que ça me surprend moi-même ; j'irai faire des recherches sur internet plus tard.
« Le but est de faire une interview et un numéro spécial sur toute l'équipe », m'explique Nicolas.
J'hoche la tête, en me disant déjà que ça va être bien plus compliqué que prévu. Je prends une grande inspiration et me force à rester calme, même si une boule d'angoisse se noue dans mon ventre.
Une interview avec Samuel Bardan… Je n'avais rien vu venir. Et maintenant, je dois vraiment plonger dans un univers que je ne connais pas du tout.
Nicolas me regarde un instant, puis se penche en avant, les mains croisées sur la table.
« Le hockey, ce n'est pas seulement marquer des buts, April. C'est tout un univers. Avez-vous déjà regardé des matchs entiers ? Savez-vous pourquoi les gens deviennent fous pour des hommes avec des crosses et des patins ? »
Je me sens piégée par ses questions. Je cherche les mots justes, hésitant avant de répondre.
« Je connais les bases, mais je ne vais pas vous mentir, Nicolas. Je n'ai jamais vraiment suivi ce sport. »
Un silence s'installe. Nicolas me fixe, puis hoche la tête, comme s'il réfléchissait à ma réponse.
« C'est ce que je veux entendre. La vérité. Mais ça signifie que vous allez devoir plonger la tête la première, April. Allez sur le terrain. Mettez les mains dans le cambouis. Ce Samuel Bardan n'est pas juste un joueur — c'est le visage de l'équipe. Son interview doit être parfaite. Il n'y a pas de place pour l'improvisation. »
« Vous allez l'interroger sur sa carrière, bien sûr, mais aussi sur son rôle dans l'équipe. Pourquoi il est si important. Vous devez comprendre pourquoi tout le monde le suit, pourquoi tout repose sur ses épaules. Vous devez le pousser à parler de ses problèmes personnels, de ses relations avec les autres joueurs. »
« Vous êtes là pour creuser, pas pour lui faire des compliments. »
J'essaie encore de digérer tout ça quand il continue de parler.
« Faites attention à ses réponses, April. Ne laissez rien passer. Ça pourrait être un moment décisif. Si vous arrivez à l'amener sur un terrain plus personnel, c'est le jackpot. »
Il s'arrête, m'observe un instant, puis se redresse sur son siège.
« Et ensuite, vous devrez commencer un article plus large. Pas seulement sur Samuel, mais sur toute l'équipe. Ce qui les rassemble, ce qui les divise. Pourquoi ils sont performants — ou pas. Quelque chose qui captive les gens, vous comprenez. »
Je me sens de plus en plus perdue, mais je n'ai pas le choix. « Oui, bien sûr. »
Il me regarde longuement, ses yeux froids et perçants, avant de prendre une inspiration.
« Ce n'est pas juste une interview, April. C'est une enquête. Une mission. Vous avez un mois pour la terminer et la publier. Un mois. Et vous n'avez pas le luxe de tout foirer. »
Chacun de ses mots semble peser une tonne. Un mois. J'ai un mois pour comprendre tout un sport, une équipe et un joueur.
C'est effrayant, mais je ne peux pas échouer. Il se lève, me lance un dernier regard, et son ton devient plus dur.
« Préparez-vous. Et surtout, n'oubliez pas — vous faites partie de l'équipe, maintenant. Il est hors de question d'abandonner. »
Avant que je ne puisse dire un seul mot, il se dirige déjà vers la porte. Je reste là, figée, essayant de digérer tout ce qu'il vient de m'annoncer.
Cette interview, cette mission… Je ne sais même pas par où commencer. Je jette un coup d'œil à ce fameux Baltazar, qui me rit presque au nez en secouant la tête de gauche à droite. Quand je dis que c'est un idiot, je le pense vraiment.
La femme assise à côté de moi sourit. « Salut, je suis Sheila. Rubrique mode et beauté. »
« Je suis April… »
« Rubrique sportive », termine-t-elle avec un ton presque moqueur. Ses yeux se posent sur ma tasse de café. « C'est dégueulasse. Il est radin. On a un patron très près de ses sous, mais très, très exigeant. Et je ne veux vraiment pas te mettre la pression, mais il te renverrait immédiatement s'il pensait que tu glandes. »
« Je n'ai pas l'intention de ne rien faire. »
« Tant mieux, parce que tu n'as pas vraiment l'air très motivée. »
« Je le suis, pourtant. »
« Vraiment ? »
Elle se lève et quitte la pièce en lançant un petit sourire à Baltazar qui m'horripile. J'avale mon café d'un coup ; aussi amer soit-il, il devrait au moins me réveiller.
Ensuite, je retourne dans mon bureau. Enfin… le mot bureau est généreux, c'est un ancien placard à balais. Mais le plus important, c'est que j'y suis seule, avec personne pour me déranger.
J'ouvre mon ordinateur portable et je tape son nom : Samuel Bardan. Je vais chercher toutes les informations possibles sur lui, puis je trouverai un moyen de le contacter pour cette putain d'interview.









































