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Cover image for Alpha Bad Boys Livre 2

Alpha Bad Boys Livre 2

Auteur·e
Renee Rose
Lectures
139K
Chapitres
11
Auteur·e
Renee Rose
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😱Thriller🙅Âme sœur réticente🎭Drame🏍️Bad Boys☯️Les opposés s'attirent🐺Loups-garous & métamorphes👩‍❤️‍👨Compagnon véritable💘Compagnons destinés💪🏻Protecteur🧙‍♂️Paranormal & fantastique💪🏻Mâles alpha🥵Érotique⚔️Action & Aventure🧶BDSM🔮Médiums🐺Paranormal

Je suis un loup alpha, l'un des plus jeunes des États-Unis. Je pourrais choisir n'importe quelle louve de la meute pour compagne. Alors pourquoi est-ce que je tourne autour de la sexy avocate humaine d'à côté ? Dès que je capte le doux parfum d'Amber, mon loup veut la revendiquer.

Traîner près d'elle est une mauvaise idée, mais je ne joue pas selon les règles. Amber joue les filles sages et comme il faut, mais elle cache elle aussi un secret. Elle ne veut peut-être pas de ses dons de médium, mais c'est un cadeau.

Je devrais la laisser partir, mais plus elle me résiste, plus je la désire. Quand elle découvrira ce que je suis, il n'y aura pour elle aucune échappatoire. Elle appartient à mon monde, qu'elle le veuille ou non. J'ai besoin qu'elle utilise ses dons pour m'aider à retrouver ma sœur disparue — et je n'accepterai aucun refus.

Elle est à moi, désormais.

Note de l'éditeur : Le Danger de l'Alpha est un roman indépendant de la série Bad Boy Alphas. Fin heureuse garantie, aucune infidélité. Ce livre met en scène un loup alpha ardent et exigeant, avec un net penchant pour la protection et la domination de sa femelle. Si ce genre de contenu vous dérange, n'achetez pas ce livre.

Prologue

Livre deux: Le Danger de l’alpha

Amber

Que le procès-verbal reflète : les personnes sujettes aux visions feraient mieux d’éviter les aéroports bondés.
Je fais rouler ma valise jusqu’au lavabo dans la salle de bains et regarde dans le miroir en me lavant les mains. Ma chevelure est toujours retenue en arrière en un chignon strict, mais mon mal de tête lancinant me donne l’air d’un monstre ; mes yeux sont injectés de sang et enfoncés dans leurs orbites, comme s’ils voulaient rentrer dans mon crâne pour s’éloigner de tout ça.
Parfait. Une migraine carabinée le jour de mon entretien d’embauche. Exactement ce qu’il me fallait.
J’utilise une serviette en papier pour sécher mes mains puis l’applique contre mes joues en étouffant un grognement.
Mais qu’est-ce qui m’a pris de venir ici en avion ? Mes hallucinations ne se déclenchent jamais aussi efficacement que quand je suis entourée d’une foule. Tout à l’heure, un homme en costume s’est cogné contre moi, et un souvenir lui appartenant est apparu dans mon esprit : lui, au lit avec une femme. Il trompe son épouse.
J’ignore comment je le sais, mais c’est la vérité. Et je préfèrerais ne pas le savoir.
Je pourrais peut-être rester planquée dans la salle de bains jusqu’à l’heure de mon vol. Voilà un bon plan. Amber la folle, cachée dans les toilettes parce que des visions l’assaillent partout où elle va. Je me suis donné tout ce mal pour décrocher mon diplôme de droit, pour ça ?
Mon téléphone bipe. Dix heures quarante-deux. Encore quinze minutes avant l’embarquement, et cinq avant mon entretien. Je farfouille dans mon sac à la recherche d’ibuprofène. Le bruit des pilules qui roulent contre la paroi du tube me fait grimacer.
Que le procès-verbal reflète : je dois penser à garder une grosse boîte d’antidouleurs dans mon sac en toutes circonstances.
« Excusez-moi, » dit une voix affable derrière moi. Une vieille femme me touche le dos pour prendre une serviette en papier dans le distributeur.
Je voudrais m’éloigner et éviter son contact, mais elle m’a coincée entre les lavabos et le distributeur de papier, empêche ma fuite. Je lève les yeux en plaquant un sourire poli sur mes lèvres.
Elle a une longue chevelure blanche, mais un visage étonnamment jeune, et de grands yeux bleus. « Depuis combien de temps pratiquez-vous les arts de l’intuition ? »
Je regarde par-dessus mon épaule, même si je sais déjà qu’il n’y a personne derrière moi. Mais elle ne peut pas être en train de s’adresser à moi, si ? « Je vous demande pardon ? »
Elle me touche toujours, ses doigts sont à présent posés légèrement sur ma manche. « Les arts de l’intuition ? Depuis combien de temps les pratiquez-vous ? »
Un frisson me traverse. « Je regrette, je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
— Oh. » La femme semble confuse un instant, puis son expression redevient sereine. « Vous devriez vous y intéresser, ma chère. Vos migraines persisteront tant que vous ne le ferez pas. »
Ma vision se trouble, et les images hyperréalistes que je tentais de réprimer envahissent mon esprit. Une violente nausée me prend à la gorge. Je vois un homme très grand et musclé sur une plage, sourcils froncés, poings serrés. Puis un loup en train de gronder, enfermé dans une cage.
Je me force à souffler, puis j’inspire lentement en secouant la tête, comme si ça pouvait faire disparaître ces stupides visions. Je cligne des paupières et commence à nouveau à discerner ce qui m’entoure, les lavabos et les miroirs. La femme a disparu.
Je sors des toilettes en tirant ma valise et regarde autour de moi, à la recherche de la femme aux cheveux blancs, quand mes yeux se posent sur une horloge. Dix heures quarante-deux. Ce n’est pas possible.
Je vérifie sur mon téléphone, et vois le deux se transformer en trois. Il ne s’est presque pas écoulé de temps depuis que j’ai regardé l’heure dans les toilettes, mais je ne vois la femme nulle part.
Comment a-t-elle pu se volatiliser ?

Chapitre un

Trois ans plus tard

Amber

J’entre dans l’ascenseur et retiens la porte avec mon pied pour attendre le groupe qui approche.
« Merci. » Une voix grave résonne dans la petite cabine. Une grande main avec les différentes phases de la lune tatouées sur les phalanges se pose sur la porte. Elle appartient à un géant aux yeux bleus. Sous son T-shirt délavé et ses tatouages, il a une musculature digne de Conan le Barbare. Il pourrait probablement me manger au petit-déj’ et avoir encore faim après.
Il est accompagné de deux hommes un peu plus jeunes, tout aussi baraqués que lui. Têtes rasées, des piercings partout, et encore plus de tatouages. Je dois me contrôler pour ne pas faire un bond en arrière.
Que font les Hell’s Angels dans ma résidence ?
Ne montre pas ta peur. C’est la première chose que j’ai apprise au foyer. Analyse le danger. Une autre leçon issue du foyer, même si elle s’applique tout aussi bien à la salle d’audience.
Malgré mon mètre soixante, je me redresse. Tant pis si j’arrive à peine à la hauteur de l’épaule du plus petit des trois types. Moi aussi, je suis une dure à cuire. Je ne porte peut-être pas d’immenses écarteurs ou de piercing au sourcil – aïe, tu parles de souffrir pour la mode – mais mes chaussures ont des talons de dix centimètres. Elles me font un mal de chien, mais elles peuvent servir d’armes, si nécessaire.
« Vous rendez visite à quelqu’un ? » je demande d’une voix soupçonneuse. Je ne suis pourtant pas une pimbêche, mais quand ma sécurité est en jeu, je sors les griffes.
Le premier homme baisse les yeux vers moi, et un coin de sa bouche tressaille. « Non. »
Au moins, celui-là a l’air à peu près normal, mis à part sa très grande taille. Ce n’est pas Conan le Barbare ; ce type est plutôt le sosie craché de Thor, avec sa belle mâchoire carrée. D’habitude, les grands mecs musclés ne me font ni chaud ni froid, mais celui-ci a éveillé mon bas-ventre, et il picote agréablement.
Je me fais violence pour ne pas me demander comment ce serait de me faire déboîter par un homme comme lui. Déboîter, sérieusement ? Depuis quand ai-je envie de me faire déboîter ?
Les trois hommes entrent dans l’ascenseur, remplissent le petit espace. Trois voyous. Comme les Trois Stooges, mais avec plus de piercings et de tatouages. Il y a tellement de testostérone dans la cabine que je suis étonnée d’arriver encore à respirer.
La chaleur se rassemble entre mes cuisses.
Je me colle contre le mur en espérant que ces types n’ont pas de mauvaises intentions. Je ne veux pas les juger sans les connaître, mais je n’aurais jamais survécu à mon enfance si je ne restais pas sur mes gardes quand je repère une menace. Et ces types ont l’air menaçants. Leur présence me donne la chair de poule. Et, pas les nœuds au ventre qui accompagnent une véritable vision, mais un léger bourdonnement dans mes tempes qui ne peut signifier qu’une chose.
Le danger.
Je fixe le torse de Thor, les contours de ses muscles dessinés sous son T-shirt, et maudis mes tétons qui commencent à se dresser devant cette démonstration si évidente de virilité. Bon sang, qu’est-ce qui me prend ? Les hommes me font rarement de l’effet, mais on dirait que mes hormones ont choisi cet instant pour se réveiller. Et elles ont jeté leur dévolu sur ce biker macho. Il a probablement un casier judiciaire. Je pose une main sur ma hanche et lève le menton, attendant qu’il m’explique la raison de leur présence ici.
Il ne dit rien. Un des autres types a un petit sourire en coin.
Je pose machinalement une main tremblante sur ma nuque pour soulager la tension qui s’y concentre, puis masque ma réaction défensive en faisant mine de vérifier que ma coiffure est toujours impeccable avant d’appuyer sur le bouton du quatrième étage. « Quel étage ? je demande de ma voix d’avocate la plus assurée.
— Le même, répond Thor d’une voix traînante.
Ce sont des avances, ou des menaces ? Est-ce qu’ils me suivent ? Non, c’est idiot. Si c’était le cas, ils auraient pu m’agresser sur le parking. J’ai entendu leurs motos approcher, mais je n’aurais jamais imaginé que ces motards rentreraient dans mon immeuble.
Je sens que Thor me regarde, même si je refuse de rencontrer son regard. Je garde ma mallette devant moi, comme un bouclier, jusqu’à ce que l’ascenseur s’arrête et que les portes s’ouvrent.
Pitié, qu’ils n’en aient pas après moi. Paranoïa, ma vieille amie. Je sais que je n’ai aucune bonne raison d’avoir peur ; mais si j’ai emménagé dans une résidence au lieu d’acheter une maison, c’est pour me sentir en sécurité.
Tu ne te sentiras jamais en sécurité.
La main sur mon téléphone dans ma poche, j’attends que le groupe de bikers sorte en premier. Voyons s’ils ont vraiment quelque part où aller. Ils sortent de l’ascenseur, dépassent mon appartement et, oh, non, s’arrêtent à la porte voisine.
Non. Ce n’est pas possible. « Vous êtes mes voisins ? » Je n’habite ici que depuis quelques semaines, et je n’ai encore croisé personne. Cette résidence de grand standing se trouve en plein centre-ville et les loyers sont outranciers, même pour mon salaire. Sans vouloir être grossière, ces types affublés de T-shirts et de jeans déchirés n’ont pas l’air d’avoir les moyens d’habiter ici. À moins que ce ne soient des dealeurs. Ce qui serait vraiment ma veine.
« Il y a un problème ? demande Thor.
— Ah... Non. Pas du tout. » Tant que tu n’organises pas des javas endiablées bruyantes avec des bikeuses sexy et des tonnes d’alcool. Franchement, j’ai du mal à croire que ce ne soit pas déjà arrivé.
Je glisse ma clé dans la serrure en jetant un regard en coin pour voir s’ils entrent dans leur appartement. Voyou numéro deux, celui qui sourit, fait mine de plonger vers moi en grondant comme un chien enragé.
Je glapis et lâche ma mallette.
Voyou numéro trois éclate de rire.
« Arrêtez ça, lâche Thor en agrippant le T-shirt de celui qui a éclaté de rire et en le tirant en arrière. Pas besoin de lui faire peur. Elle y arrive très bien toute seule, » ajoute-t-il en me regardant.
Les deux hommes entrent dans l’appartement en ricanant. Je ramasse ma mallette. Une petite mèche de cheveux s’échappe de ma barrette. Je la repousse pour masquer mes joues écarlates. Fichus voyous. Ce qui m’agace le plus, c’est que ma main tremble. J’ai vingt-six ans. Je ne suis plus la petite fille qui se prostrait dans le coin d’une pièce.
J’ai l’impression d’avoir la tête serrée dans un étau, signe avant-coureur d’une vision imminente. Ça ne m’était pas arrivé depuis un moment, alors celle-là devrait être gratinée.
Super.
Le cœur battant à tout rompre, j’entre chez moi et me retourne pour fermer. Le bout d’une chaussure coquée se place dans l’entrebâillement de la porte et m’en empêche. Je lève les yeux vers Thor, et rencontre son regard d’un bleu saisissant. Le coin de ses yeux se plisse. Il me fait un demi-sourire engageant.
Je réprime un frisson.
« Je suis Garrett. » Il me tend sa grande main à travers la porte entrouverte.
Je la fixe pendant deux bonnes secondes avant que les bonnes manières ne prennent le pas sur ma peur. La chaleur de sa main enveloppe la mienne, et une décharge électrique remonte le long de mon bras. Une étrange impression de familiarité m’envahit – comme si ce type était un vieil ami, et que je l’avais oublié.
Je repousse cette impression de déjà-vu. Je dois tenir Amber la folle à distance.
« Pardon si Trey t’a fait peur. Je veillerai à ce que ça n’arrive plus. » Sa voix est profonde et veloutée, bien assortie à sa beauté un peu sauvage. Elle envoie de petites pulsations dans le creux de mon ventre. Il ne doit pas être beaucoup plus vieux que moi. Il a passé l’âge de s’habiller et se comporter comme un voyou. Même s’il le fait à merveille, avec son T-shirt délavé étiré sur ses pectoraux massifs, ses tatouages qui dépassent des manches et du col, et sa chevelure ébouriffée comme s’il venait de se lever. Mmmm.
Que le procès-verbal reflète : les voyous tatoués mettent mes hormones à genoux.
Je réprime ma libido, qui pointe son nez. Ce n’est pas le moment d’être excitée. Ce type passe probablement son temps à détrousser des petites vieilles avant de se rendre aux réunions de son gang de bikers.
« Est-ce que... » Je m’éclaircis la gorge pour essayer de prendre un ton de conversation au lieu d’avoir l’air flippée. « Vous habitez ici tous les trois ?
— Ouais. Avec nous trois à côté, tu n’as rien à craindre. » Il me fait un sourire qui me coupe le souffle. Il a des fossettes marquées, et ses lèvres sont remarquablement charnues pour un homme aussi viril. À côté, Chris Hemsworth peut aller se rhabiller.
Rien à craindre. Mais oui, bien sûr. « Fantastique. Je me sens déjà plus rassurée. Vous voulez bien enlever votre pied, que je puisse fermer la porte ? » J’essaie de prendre un ton posé et calme, mais même à mes propres oreilles, j’ai l’air un peu pédante.
Il me fait un sourire tranquille, qui allume malheureusement un petit brasier entre mes cuisses. « Tu ne m’as pas dit comment tu t’appelles.
— Je sais, » dis-je en fixant son pied.
Il fait un petit bruit désapprobateur, croise les bras et s’appuie contre le chambranle de la porte. « Écoute, princesse...
— Ne m’appelez pas princesse. »
Il hausse un sourcil. « Comment je t’appelle, alors ?
— Mlle Drake. Amber Drake.
— Tu es prof, un truc comme ça ?
— Avocate. Et vous n’êtes pas loin de vous attirer un procès pour harcèlement. » C’est totalement faux. Ils n’ont rien fait de mal. En temps normal, je n’agite pas la menace de poursuites judiciaires à tout bout de champ, mais je veux rentrer chez moi avant d’avoir une vision. Je ne tiens pas à ce que mon nouveau voisin sexy sache que je suis dingue.
« On ne voulait pas t’effrayer.
— Vous ne m’effrayez pas, je réponds du tac au tac.
— Alors, pourquoi est-ce que tu t’accroches à ton collier de perles ? Depuis que tu nous as vus, on dirait que ton string te rentre dans les fesses. »
Oh seigneur, il parle de mon string. « Je ne porte pas de perles, je remarque avec ma voix d’avocate.
— Et un string ? »
Bon Dieu, à l’aide. La zone sensible couverte par le vêtement dont il parle se contracte. « Pas de commentaire. » Je tire sur la porte, mais son pied ne bouge pas.
Il lève les mains en signe de capitulation. « C’est une expression. Si tu en avais, tu serais en train de les serrer nerveusement. Les perles. »
À la place, je m’imagine en train de serrer nerveusement les fesses pendant qu’il déchire mon string avec ces belles dents blanches, et ma respiration s’affole. Pour masquer mon excitation en roue libre, je fronce les sourcils et recommence à tirer sur la porte.
« Écoute, mes amis sont sympas. Ils ont l’air un peu intimidants au départ, mais ce sont de vrais putains de boy scouts. »
Son choix de mots me fait grimacer. « Eh bien, monsieur... Garrett, vous devriez peut-être retourner aider des vieilles dames à traverser la rue. » Ou retourner les agresser. Je secoue la main devant son visage pour le congédier, mais il ne bouge pas.
« Je préférais t’inviter chez moi. » Il se penche vers moi, et sa chaleur m’englobe. Il y a bien longtemps qu’un tel canon ne m’a pas draguée ; à vrai dire, ce n’est peut-être même jamais arrivé. Son manque de subtilité me fait lever les yeux au ciel, mais je dois reconnaître que son franc-parler et son assurance me font de l’effet.
Non. Son invitation ne me tente pas le moins du monde.
Que le procès-verbal reflète : j’ai besoin de me trouver un type gentil et normal et de flirter avec lui. Et ne jamais, jamais, penser à aller frapper à la porte de mon voisin inquiétant et terriblement séduisant, uniquement vêtue d’un string minuscule et d’un collier de perles. Et peut-être de talons hauts.
Oh, bon Dieu.
« Sérieusement, reprend Garrett en baissant la voix jusqu’à ce qu’elle devienne un grondement grave qui me ravit. Viens boire une bière, faire connaissance. »
Amber l’avocate pourrait-elle se transformer en Amber la bikeuse ? Pendant un instant, je me vois non pas dans mon ensemble de costume chic, mais avec un jean moulant et un débardeur. Mes cheveux sont lâchés sur mes épaules, le soleil réchauffe mes joues, mon visage est levé vers le vent. Je m’accroche à Garrett lorsqu’il se penche pour prendre un virage avec la moto.
Je cligne des yeux. Est-ce que je viens d’avoir une vision ? Mes tempes battent légèrement, mais je ne sens pas de douleur.
« Alors, qu’en dis-tu, princesse ? » Garrett attend toujours ma réponse avec un regard amical. Une fille pourrait se perdre dans ces yeux bleus comme le ciel.
C’est trop dangereux.
« Non, merci.
— D’accord. Tant pis pour toi. » Il retire son pied.
Je tire un peu trop fort et lui claque involontairement la porte au nez. Comme une idiote, je pousse un petit cri de surprise. Bon sang. Je respire lentement pour essayer de calmer mon cœur. Quelque chose s’est déchaîné dans mon ventre ; il sursaute comme un ballon dont l’air s’échapperait.
Je tourne le verrou et colle mon oreille contre la porte pour écouter. Trois secondes s’écoulent avant que je n’entende des pas s’éloigner dans le couloir. Je me laisse aller contre le bois et pose la main sur mon front. Le léger martèlement a cessé.
Que le procès-verbal reflète : je dois appeler le syndic de la résidence demain pour savoir qui sont ces types et si des plaintes ont déjà été enregistrées contre eux.
Si ça se trouve, mon appartement s’est libéré parce que personne ne veut habiter au même étage qu’eux. En tout cas, moi, je n’en ai pas envie.
Du moins, c’est ce que je me répète.
« Je n’ai même pas de perles, » je marmonne en enlevant mes chaussures. Je pose ma mallette sur la table puis appelle ma meilleure amie.
« Coucou, ma chérie, » dit-elle en décrochant. Je suis peut-être normale et ennuyeuse – du moins, j’essaie – mais ma BFF est cool. Sa mère était une hippie ; c’est pour ça qu’elle possède un nom incroyable.
« Salut, Foxfire, comment ça va ?
— J’essaie de m’occuper... Tu sais, de ne pas y penser. » Foxfire a surpris son petit ami au lit avec une autre fille le weekend dernier, et l’a mis dehors. Elle a très bien fait, mais les séparations ne sont jamais faciles. Je me suis portée volontaire pour être sa compère et sa coordinatrice d’activités jusqu’à ce qu’elle ne risque plus de craquer et de rappeler son ex.
« Tu veux passer à la maison ? On pourrait se caler devant Netflix. » J’ai envie de regarder la télévision pour m’abrutir l’esprit ce soir. Rien de tel que des émissions de télé-réalité insipides pour tenir les visions à distance. Si seulement elles pouvaient aussi m’éviter les migraines...
« Non, merci, » soupire Foxfire.
Je sens qu’elle n’a pas le moral, alors je lance sans réfléchir : « Tu sais ce qu’on devrait faire ?
— Quoi ?
— Sortir danser demain soir. Les Morphs jouent dans ce club, l’Éclipse.
— Je ne sais pas. Je ne suis pas trop en forme.
— Tu plaisantes ? Tu adores ce groupe. Tu me répètes tout le temps qu’il faut le voir en concert. » D’ordinaire, j’évite les clubs, bars et autres établissements bruyants comme si ma santé mentale en dépendait. Ce qui, à cause de ma tendance à avoir des visions dans ces environnements, est peut-être vrai. Foxfire, j’espère que tu te rends compte de ce que je fais pour toi. Je prends une grande inspiration et mens comme un arracheur de dents :« Allez, j’ai vraiment envie de sortir.
— Toi ? Tu détestes ça. Je dois te forcer à m’accompagner, d’habitude.
— Hum, c’est vrai. Mais ça me manque vraiment. Je sais que tu n’as pas envie de faire la fête, mais l’important, c’est de sortir et de voir du monde. » J’emploie l’argument qu’elle m’a servi si souvent. « Je parie que tu te feras draguer par des tonnes de mecs. »
Foxfire soupire, sceptique. « Ça m’étonnerait. Mais je boirais bien un Cosmo.
— Moi aussi. » C’est mon tour de soupirer.
« Et toi, quoi de neuf ? Tu travailles beaucoup, ces temps-ci.
— Ouais, on a été bien occupés au centre.
— Beaucoup de nouveaux gamins confiés aux services de la protection de l’enfance ? » La gentillesse dans la voix de Foxfire détend mes épaules nouées.
« Quelques-uns.
— En tout cas, je sais que tu les aides autant que tu peux. Tu redores presque le blason des avocats.
— Je ne sais pas si c’est vrai, mais aider ces enfants est nécessaire. Bon Dieu, la plupart d’entre eux ont eu des vies atroces. Ils méritent qu’au moins une personne s’intéresse à eux, les représente et défende leurs intérêts. » Je prends l’éponge près de l’évier et essuie le comptoir, même s’il est déjà propre. « Et puis... Je viens de faire la connaissance de mes voisins.
— Ah oui ? demande Foxfire en prenant un ton suggestif.
— Non, pas comme ça. Ce sont des types flippants. » Je me remémore les yeux bleus de Garrett et sa fossette sur la joue quand il sourit. Bon, il n’est peut-être pas si flippant. Mais il m’a incontestablement troublée ; depuis, je me sens un peu à côté de la plaque. « Je ne sais pas. Je n’ai pas réussi à savoir s’il voulait m’effrayer ou me draguer.
— À t’entendre, on dirait qu’un de ces mecs t’intéresse.
— Non, pas du tout. » Quel mensonge éhonté. Ma main picote là où Garrett l’a touchée. Un homme comme lui est assez musclé pour qu’on puisse grimper dessus comme sur un espalier. Me laisserait-il être au-dessus ? Oh, bon Dieu. Arrête de rêvasser, Amber !
Je ne veux pas coucher avec lui. Même s’il est probablement très doué. Mais être doué au lit ne signifie pas être un bon voisin. Une image surgit spontanément dans mon esprit : je me vois en train de participer à une de leurs fêtes folles, vêtue d’un string et d’un collier de perles.
Stop.
« Ils sont mignons ? » Je peux toujours compter sur Foxfire pour lire entre les lignes.
J’ai beau être seule dans mon appartement, je sens mes joues chauffer et laisse échapper un petit rire gêné. « Hum... ouais. L’un d’entre eux l’était – enfin, l’est – peu importe. Mais il n’est pas mon style. Vraiment pas mon genre.
***

Garrett

Je lève ma paume jusqu’à mon nez et hume les traces du parfum de la jolie humaine blonde. Elle portait cet ensemble jupe courte-veste de costume comme une déesse. Et elle avait beau essayer de se donner des airs bon chic bon genre avec son chignon haut de bibliothécaire, j’ai senti que son intérêt était piqué. Elle était excitée. Par moi. Et lorsque nos mains se sont touchées, j’ai reçu une espèce de décharge électrique.
Mes doigts continuent de picoter là où nos peaux ont été en contact.
J’ai senti une légère odeur de peur sur elle, mais des notes chaudes et sensuelles prédominaient dans son parfum : vanille, orange et épices. Mon loup ne voulait pas l’effrayer – ce qui est une première. D’habitude, il aime impressionner les gens et ne ressent qu’impatience à l’égard des humains. Pourquoi m’intéresserais-je à une humaine ? Et c’en est une, ça ne fait aucun doute ; je me suis même penché vers elle pour m’en assurer.
Je ne sais pas du tout pourquoi elle m’a fait bander si fort. Cette petite chose insolente, en train de se la jouer snob et de lever le nez en l’air alors que ses genoux tremblaient. J’avais envie de la plaquer contre le mur de l’ascenseur, de serrer ces genoux tremblotants autour de ma taille et de la pilonner pour lui faire passer son impertinence. Je parie qu’elle n’a jamais eu de véritable orgasme. Je vais peut-être devoir lui montrer ce que ça fait de jouir sur ma queue, pendant que mon nom s’échappe de ces jolies lèvres rouges, comme une prière.
Je déplace mon sexe qui enfle dans mon jean avant de m’affaler sur le canapé en cuir. Trey et Jared ont déjà ouvert des bières et discutent bruyamment sur le balcon. Probablement pas le top pour avoir de bonnes relations avec le voisinage.
Je commence peut-être à me faire trop vieux pour habiter avec mes frères de meute. Depuis des années, mon père me répète de prendre une compagne et de me comporter en adulte. De faire de la meute de Tucson quelque chose de plus qu’un simple club de bikers métamorphes presque exclusivement composé de mâles. Je n’impose pas une discipline trop sévère et je respecte la liberté de chaque loup ; mais le côté « fraternité étudiante » de ma meute pousse les loups qui souhaitent fonder une famille à rejoindre la meute de mon père à Phoenix ou à quitter l’État.
Mon téléphone sonne. Je consulte l’écran avant de décrocher. « Coucou, sœurette.
— Salut Garrett, répond-elle d’une voix un peu essoufflée. Devine où je vais passer les vacances de printemps ?
— Euh... à San Diego ?
— Non.
— Big Sur ?
— Non, pas en Californie.
— Où ça, gamine ?
— À San Carlos !
— Non. » L’interdiction résonne dans ma voix. San Carlos est une ville sur la côte mexicaine à quelques heures de Tucson mais, d’après mes informations, elle est envahie par les cartels de drogue.
« Garrett, je ne te demande pas la permission. » À vingt-et-un ans, ma sœur Sedona (nommée d’après la belle ville d’Arizona où mes parents l’ont conçue) est toujours le petit bébé pourri-gâté de la famille. Elle attend une autonomie totale lorsqu’elle l’exige, et un soutien sans faille, financier comme émotionnel, le reste du temps.
J’avais dix ans quand Sedona, un bébé non prévu, mais certainement pas non désiré, a vu le jour, et je la considère davantage comme ma fille que comme ma petite sœur. « Oh, j’espère bien que tu me la demandes, sinon nous avons un gros problème. » Mes parents ont laissé Sedona étudier à l’université d’Arizona uniquement parce que je suis assez proche pour garder un œil sur elle. J’ai beau être sympa, je reste un alpha. Mon loup ne tolère pas qu’on défie mon autorité.
« D’accord, excuse-moi. Je te demande la permission, capitule-t-elle, son ton passant de buté à suppliant. Garrett, je dois y aller. Tous mes amis y vont. On ne passera pas par Nogales, on a trouvé un itinéraire plus sûr. Et on sera nombreux. En plus, je ne suis pas humaine, tu te rappelles ? Les gangs de trafiquants ne peuvent pas me faire de mal.
— Une balle dans la tête peut blesser n’importe qui.
— Je ne vais pas me faire tirer dessus. Je ne compte pas acheter de drogue, ni me trouver dans des endroits où on en vend. Tu es beaucoup trop protecteur. Je suis une adulte, au cas où tu l’oublierais.
— Fais attention. Pas trop de graine, gamine.
— S’il te plaaaît, Garrett ? Oh, s’il te plaît ? Je dois y aller !
— Dis-moi qui y va. »
Sedona est une pro pour mener les gens par le bout du nez. Elle sent que ma résistance faiblit, et se lance avec enthousiasme dans une description du groupe. Quatre garçons, cinq filles, dont deux couples. Tous des humains à part elle.
Si c’étaient des loups, j’aurais refusé qu’elle parte avec des mâles. Je ne suis pourtant pas vieux jeu : seulement, aucun humain n’est capable de forcer ma sœur à faire quoi que ce soit. Mais tout de même, un séjour sur une plage au Mexique m’évoque des fêtes, de l’alcool qui coule à flots et des mauvaises décisions.
Un grand rire éclate sur le balcon. Je jette un regard sévère en direction de mes colocs.
« Je veux rencontrer tes amis, dis-je à ma sœur.
— Garrett, pitié ! Tu vas me mettre la honte. Ce n’est pas juste.
— Alors, ma réponse est non. »
Elle soupire dans le combiné. « Très bien. On passera dire au revoir avant de partir. »
Très malin. Je serai le pire enfoiré de la terre si je lui interdis de partir en voyage à la dernière minute. Mon père en serait capable, mais pas moi : ce qui est la principale raison pour laquelle Sedona a choisi de faire ses études dans ma ville, au lieu d’aller étudier à l’université d’État de l’Arizona.
« D’accord. Quand partez-vous ?
— Demain.
— Tu m’appelles pour me demander la permission la veille du départ ? » Je pousse un grondement dans le téléphone.
« En fait, j’essayais d’éviter de demander la permission, murmure-t-elle.
— Tu as de la chance de t’être ravisée. » Je me force à décrisper la main. Je n’ai pas envie de casser un téléphone de plus.
« Alors, je peux y aller ?
— Personne ne conduit après avoir bu.
— Bien sûr.
— Pas plus de deux verres par soirée.
— Oh, je t’en prie, Garrett. Tu sais que je peux boire plus que ça.
— Je m’en fiche. Je te donne mes conditions. Si tu veux y aller, tu as intérêt à les accepter.
— D’accord, d’accord. J’accepte. Quoi d’autre ?
— Tu m’envoies un message tous les jours.
— Ça marche. »
Je soupire. « Vous avez vérifié si l’assurance de la voiture est valable au Mexique ?
— Oui, tout est bon. Je te vois demain matin. Je t’aime, grand frère. Tu es le meilleur ! »
Je secoue la tête, mais j’ai le sourire aux lèvres en raccrochant. Je plains le futur compagnon de ma sœur. Il est impossible de lui refuser quoi que ce soit.
« Chef, tu vas au club ce soir ? demande Trey en passant la tête par la porte-fenêtre.
— Pas ce soir, » je réponds en examinant mon téléphone pour m’assurer qu’il n’est pas fissuré. Sedona déclenche mon instinct de protection comme personne. Du moins, c’était le cas avant que je ne fasse la connaissance de Mlle Sainte-Nitouche dans l’ascenseur. Je ne comprends pas pourquoi, mais mon loup a déjà décidé qu’elle était sous ma protection, que ça lui plaise ou non.
« Je pensais inviter notre nouvelle voisine. Histoire de voir si elle aime s’amuser.
— Non, » je gronde. Mon téléphone grince dans ma poigne. Venue de nulle part, ma fureur se déchaîne, ce qui me laisse sur le cul. « Laisse-la tranquille. » Trey baisse le nez vers le sol. Derrière lui, Jared se fige.
« Personne ne touche à la voisine. » Mon loup est proche, il rend ma voix rocailleuse.
« Compris, alpha, » répondent les deux loups en baissant la tête.
Au lieu de m’expliquer, un autre grondement vibre dans ma gorge. Je suis l’alpha. Je n’ai pas à me justifier. « Et arrêtez de boire sur le balcon, » j’ajoute avec un regard noir. Lorsque j’ouvre la main, des parties du téléphone tombent sur le canapé.
Ma colère s’évanouit avec les morceaux de plastique qui tombent, et je ressens désormais un sentiment de satisfaction. Mon loup est heureux que nous ayons protégé Amber. Mais pourquoi ? Pourquoi une petite humaine m’importe-t-elle ?

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