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Mason (Français)

Chapitre 5

Il ne sert à rien de se défouler sur un pauvre chien, surtout si c’est le propriétaire qui vous a contrariée.
Je promenais Prince depuis vingt minutes maintenant.
Les cinq minutes les plus pénibles avaient été l’appel téléphonique que j’avais reçu de Beth, qui avait ri si fort qu’elle en était tombée de sa chaise.
Notre conversation n’a pas été très intéressante : je n’ai pas pu lui exprimer ma colère et ma frustration, car tout ce qu’elle faisait était de rire à travers les quelques mots incompréhensibles qu’elle arrivait à prononcer.
J’ai mis fin à l’appel avant de me mettre en colère.
Prince était un chien mignon. Si je n’étais pas si occupée, j’en aurais adopté un moi-même. Mais cela représentait une responsabilité en plus, sans compter l’argent que j’aurais dû dépenser pour sa nourriture et tous les autres trucs.
C’était une lourde charge financière. Je pouvais à peine subvenir à mes besoins.
Dans le cas de Prince, je n’avais jamais vu un chien aussi intelligent et arrogant. Je vous jure, il était comme son maître, mauvais caractère inclus.
Lorsque je l’ai emmené dans un parc voisin, et que j’ai remarqué une balle sale sur le sol, je l’ai ramassée. J’ai voulu jouer à la balle avec Prince, mais ce satané chien a froncé le museau avec dédain.
Je ne plaisante pas, il a regardé la balle avec dégoût… aucun chien ne fait ça.
Nous avons quitté le parc, au grand bonheur de Prince. Je me suis arrêtée pour acheter des hot-dogs, et une femme et sa chienne se sont arrêtées devant un magasin.
— Regarde, Prince, cette chienne n’est-elle pas mignon ? Tu veux aller jouer avec elle ?
Il m’a lancé un regard du genre « Tu es sérieuse ? ». J’ai alors compris que ce chien était vraiment plus intelligent que je ne le pensais s’il pouvait comprendre ce que je disais. Mais peut-être que ça n’était que le fruit de mon imagination.
— Allez, Prince, combien de fois as-tu rencontré une chienne aussi mignonne que celle-là ? Ne sois pas si coincé.
Il a poussé un soupir et a détourné le regard.
Je devenais peut-être folle, à parler à un chien et à croire que celui-ci me répondait par ses expressions. Puis, il a commencé à s’éloigner de moi dans la direction opposée.
— Prince !
J’ai attrapé sa laisse et il a grogné puis claqué des dents dans ma direction.
— Punaise, tu es comme ton maître. Tu as hérité de sa personnalité, mon pauvre chien ?
Je lui ai gratté l’arrière de l’oreille.
— Ça doit être difficile de vivre avec un type froid comme la pierre.
Il n’a pas répondu.
— Puis-je te confier un secret ? Je pense que s’il adoucissait son mauvais caractère et se montrait gentil avec les gens, il pourrait commencer à me plaire. Il est vraiment sexy.
Prince m’a souri. Je vous jure qu’il a souri !
— Très bien, allons-y.
J’ai tiré sur sa laisse, mais il n’a pas bougé.
— Prince, viens, on doit y aller.
Il est resté là, sans bouger.
— Prince !
J’ai tiré sur la laisse avec force.
Il s’est jeté sur moi, et quelques secondes plus tard, j’ai entendu un bruit de déchirure.
J’ai fixé la partie de la robe qu’il avait déchirée. Ce n’était pas minime. Il y avait une grande déchirure visible sur la robe, juste en dessous des genoux.
— Putain ! ai-je juré.
Oh, mon Dieu, ce n’était pas possible.
J’ai essayé de respirer et de me concentrer, mais tout ce que je voyais, c’était l’étiquette et son prix qui indiquait sept cents livres.
— Non, non, non.
J’étais sur le point d'hyper ventiler en pleine rue. Qu’est-ce que j’allais faire ? J’étais fichue.
Je ne pouvais même pas sortir deux cents livres, et la robe coûtait bien plus que ça.
Plutôt mourir que de toucher à l’argent que j’économisais pour Papa.
— Pourquoi diable as-tu fait ça, Prince ?
Il ne semblait pas regretter son geste, et j’avais envie de crier.
Qu’est-ce que j’allais faire ? Vendre ma télévision ? Je n’en avais pas. Tout était à Beth.
Qu’est-ce que je possédais de coûteux que je pouvais vendre ? Rien.
Ma conscience m’a conseillé de le dire à monsieur Campbell.
Après tout, c’était son foutu chien, et je méritais d’être payée pour les dommages causés à une robe qui n’était pas la mienne.
Mais d’un autre côté, ma fierté et mon ego m’en empêchaient.
Au diable l’orgueil et l’ego. Il faut lui dire. Laisse-le payer pour la robe.
Comment résoudras-tu le problème sinon ?
Après avoir pris ma décision, j’ai attrapé Prince, et je l’ai ramené avec moi au restaurant.
Nous avons attendu la fin de la réunion de monsieur Campbell et à l’heure dite, je l’ai aperçu sortir en compagnie d’un homme aux cheveux grisonnants. Ils se sont serré la main avant que l’homme ne parte en voiture.
Puis, il s’est tourné vers moi.
J’ai regardé le sol pendant un moment avant de relever la tête, et de lui rendre la laisse.
— Ma robe est déchirée, lui ai-je annoncé d’une voix découragée.
Ma voix intérieure hurlait et se préparait à mourir d’humiliation à l’idée de ce que je m’apprêtais à m’infliger.
— Je vois bien. En quoi est-ce que cela me concerne ?
J’ai mordillé ma lèvre inférieure et retenu un hurlement.
— Prince a déchiré ma robe.
J’ai cherché à éviter ses yeux gris, intenses et sauvages.
— Réclamez-vous une compensation, Mademoiselle Hart ?
Son ton était dépourvu d’émotion.
Tout en continuant d’éviter son regard, je jouais avec mes mains.
— Eh bien, vous voyez…
Il m’a coupé la parole.
— Regardez-moi.
J’ai regardé dans sa direction et j’ai vu sa main s’approcher de mon visage. Mes yeux se sont écarquillés. J’ai cru qu’il allait me gifler ou me toucher le visage.
Sa main s’est portée sur ma nuque, et il a sorti l’étiquette qui indiquait le prix.
J’étais complètement rouge de honte. Je me sentais humiliée. J’avais envie que le sol s’ouvre et m’engloutisse.
C’était exactement ce que j’avais essayé d’éviter toute la soirée.
— C’est malheureux, a-t-il commenté d’une voix traînante et paresseuse. Cette robe est vraiment bon marché.
Quoi ? Était-il en train d’affirmer qu’une robe de 700 livres n’était pas chère ? J’aurais bien aimé savoir ce qu’il appelait « cher ».
Mais je ne pouvais pas le regarder en face.
Il n’y avait aucune chance que je survive à cette humiliation. J’ai été prise au dépourvu lorsque ses mains chaudes ont saisi les miennes, et qu’il a déposé des billets dans ma paume.
Je ne savais pas combien de billets il y avait mais c’était une grande quantité.
Je n’avais jamais tenu autant d’argent.
Il n’a rien ajouté et avant que je puisse réagir, il était déjà dans sa voiture et s’éloignait.
Je suis restée plantée là, à regarder les billets dans ma main.
Pourquoi diable est-ce que j’étais contrariée qu’il me donne de l’argent ? Ne devrais-je pas être ravie de pouvoir payer cette robe ?
Pour une raison ou une autre, je n’aimais pas cette situation. Je ne voulais pas de cet argent.
Je l’ai rangé dans mon sac à main dans l’espoir de le lui rendre au bureau. Demain. Si j’avais su où il habitait, je m’y serais rendue tout de suite.
— Que vas-tu faire ? m’a demandé Beth lorsque je lui ai appris les détails de l’affaire.
— Je vais lui rendre l’argent, ai-je répondu après avoir fait glisser la robe le long de mes jambes.
— Pourquoi ? C’est à toi. Il te l’a donné.
— Eh bien, je n’en veux pas.
— Es-tu tombée sur la tête ? Comment paieras-tu la robe ? Son chien l’a déchirée, c’est donc à lui de la payer. Arrête de penser négativement et vois le bon côté des choses. En plus, tu pourras garder la robe.
J’ai jeté la robe sur le lit et j’ai mis mes mains sur mes hanches, le regard fixé sur Beth.
— Il m’a donné deux mille livres. Qu’est-ce que je suis censée faire avec la monnaie ? Je ne veux pas qu’on me fasse la charité, Beth. J’ai ma fierté. Je ne peux pas juste accepter qu’il m’offre de l’argent. C’est une insulte !
Elle a levé les yeux au ciel.
— Une insulte, mon cul. C’est juste que tu ne veux pas.
Mon ton reflétait mon agacement lorsque j’ai immédiatement répliqué:
— As-tu déjà rencontré cet homme ? C’est un con ! Il ne me laissera jamais oublier cette histoire. Crois-tu qu’il ne va pas l’utiliser pour se moquer de moi ? Tu ne le connais pas.
J’essayais encore d’apaiser ma fierté blessée, et d’accepter ce qu’il s’était passé.
Beth n’était pas là, elle ne pouvait pas savoir ce que j’avais vu dans les yeux de Mason Campbell.
— D’accord, pourquoi ne pas prendre les sept cents et lui rendre le reste ? Tu pourrais lui dire que tu lui rembourseras les sept cents quand tu auras ton salaire. Tu vois ? J’ai résolu le problème.
— C’est toi qui l’as créé en premier lieu !
Elle m’a montrée du doigt.
— Non, Lauren, c’est toi qui as cru que tu étais invitée à dîner avec ces gens-là.
Elle a poussé un petit rire.
— J’aurais aimé voir ta tête quand il t’a annoncé que tu allais promener son chien.
— Je suis certaine qu’il a pris plaisir à m’humilier. Dis-moi, était-ce si difficile de mentionner ce que j’allais devoir faire là-bas ? me suis-je plaint. Il aurait pu se contenter de dire : « Mademoiselle Hart, vous allez promener mon chien ce soir ». De cette façon je ne me serais pas ridiculisée.
Même si nous nous retrouvions au tribunal devant un juge, la personne sur qui rejeter le blâme était clairement mon patron, pour ne pas avoir clarifié la situation.
J’étais innocente. C’est moi qui avais été humiliée et c’est moi qui avais perdu beaucoup d’argent ce soir, suffisamment pour me priver de sommeil.
Mais je savais que lui ronflait comme un bienheureux sachant qu’il avait tous ces milliards sur son compte en banque.
J’ai gémi en me frottant le front. Une migraine fulgurante s’annonçait.
— Je le déteste vraiment.
Beth a fait semblant de sursauter.
— Comment peut-on détester l’homme le plus sexy d’Angleterre ? Je suis très jalouse de toi. Tu peux le regarder toute la journée et admirer chaque partie de son corps, alors qu’elles s’appellent « Beth ».
Je lui ai donné une tape.
— La ferme. Je ne le lorgne pas. Je ne fais même pas attention à lui.
Menteuse.
— Je ne prête attention qu’à mon travail.
Ben voyons. Tu mérites un diplôme en mensonges.
Elle ne semblait pas me croire.
— Alors, tu es immunisée contre son charme ? Tu n’es pas attirée par lui ? Pas du tout ?
— Désolée de te décevoir, ma chérie.
Certifié experte en mensonges cette fois, Lauren !
— Je dis que tu mens.
Ses lèvres se sont recourbées en un sourire.
Tu ne veux juste pas admettre que tu as un faible pour ton patron.
— Je n’ai pas de faible pour mon patron ! C’est mon patron ! C’est strictement interdit.
— Où est-il écrit qu’il est interdit d’en pincer pour son patron dans le manuel, hein ?
J’ai souri.
— Règle numéro soixante-dix-huit : « Aucun employé ne doit s’engager dans un acte physique ou une relation émotionnelle avec un autre collègue. »
Je me suis félicitée intérieurement d’avoir retenu certaines des règles.
Même si je n’avais pas encore parcouru tout le manuel, j’étais heureuse de m’être débrouillée pour en lire une partie et d’avoir évité d’enfreindre les règles.
Elle m’a répondu, «
— Ça dit « collègue » pas « patron », a-t-elle répondu, ce qui était très malin de sa part.
— Vraiment ? C’est ça ton argument ? ai-je demandé tout en fronçant les sourcils.
Ce à quoi elle a répondu par un haussement d’épaules.
— Peu importe, je vais dormir.
Elle s’est levée de mon lit.
— On est d’accord pour ce week-end, hein ?
— La soirée entre filles ? Bien sûr. Je peux inviter mon amie Athéna ?
— Oui. Tu peux aussi inviter ton patron. Plus on est de fous, plus on rit.
Elle m’a fait un clin d’œil.
— Va te faire foutre, Bethany.
Papa avait rendez-vous chez le médecin aujourd’hui. Son infirmière, Becky, avait promis de me tenir au courant. Je me suis accordé un bref moment pour me répéter que tout irait bien.
Il allait recevoir sa chimiothérapie en homme courageux qu’il était.
Il allait s’en sortir et vivre assez longtemps pour voir ses petits-enfants.
Je m’inquiétais surtout qu’il doive traverser cette épreuve seul, sans personne à ses côtés, mais Becky m’a affirmé qu’elle serait auprès de lui à chaque étape.
Je craignais que Papa ne soit contrarié par le fait que mon travail m’empêche d’être avec lui, mais un texto de sa part m’a détendue.
C’était l’un de ces jours où je détestais vraiment la femme qui m’avait donné naissance.
Il aurait dû être avec elle, et non avec son infirmière. Mais Dieu sait où elle se trouvait en ce moment, ou si elle pensait encore à lui.
Même si Papa m’avait dit que mon absence ne le dérangeait pas, je me sentais coupable. J’étais la seule famille qui lui restait, et j’étais trop occupée à faire des courses pour Mason Campbell.
Je me suis faufilée dans le trafic piétonnier jusqu’au café le plus proche, à deux pâtés de maisons du bureau. J’ai pris un café au lait avec un supplément de mousse, avant de me rendre à notre immeuble.
L’air frais fouettait mon visage et j’ai resserré mon cardigan autour de moi.
L’ascenseur était vide lorsque j’y suis entrée et que j’ai appuyé sur le numéro de mon étage. J’étais nerveuse, mais surtout embarrassée lorsque je me suis souvenue des événements de la veille.
L’humiliation était encore comme une marque au fer rouge dans mon esprit et je redoutais de voir monsieur Campbell.
J’aurais préféré que ce soit le week-end pour ne pas avoir à l’affronter de sitôt. Dieu sait ce qu’il devait penser de moi.
Comment se fait-il que la personne devant laquelle on ne voudrait pas se ridiculiser soit toujours celle devant laquelle on finit par se ridiculiser ?
Au moment où la porte de l’ascenseur allait se refermer, une main s’est glissée dans l’entrebâillement et les portes se sont ouvertes à nouveau.
Mon cœur s’est mis à battre la chamade lorsque j’ai vu l’homme auquel j’étais en train de penser, il y avait à peine cinq secondes.
Monsieur Campbell est entré dans l’ascenseur et s’est positionné à côté de moi. Ses cheveux étaient coiffés avec style, il avait fière allure, et il sentait particulièrement bon.
Je ne voulais pas penser à lui. C’était quelqu’un que je ne pourrais jamais avoir, même si je n’avais jamais pensé à lui de cette façon.
Il n’a pas dit un mot et ne m’a pas jeté un regard. Les portes de l’ascenseur se sont refermées, tandis que celles de mon anxiété se sont ouvertes en grand.
Je gardais la tête baissée, et je faisais semblant d’être fascinée par mon café au lait alors qu’en réalité, j’essayais tant bien que mal de ne pas le regarder.
Il fallait que je lui dise quelque chose. Je devais le saluer. C’était mon patron.
Cette petite révélation a été comme une gifle. J’étais tellement préoccupée à paniquer juste à l’idée que nous nous trouvions ensemble dans un espace clos, qu’il ne m’était pas venu à l’esprit de le saluer.
— Bonjour, Monsieur.
Je n’ai rien obtenu en retour.
Ce n’est pas comme si je m’attendais à ce qu’il me dise quelque chose après avoir tardé si longtemps à reconnaître ma faute.
— Alors, vous vous souvenez de qui est votre patron ? Je croyais que vous aviez oublié comment une assistante était censée agir en présence de celui-ci.
J’ai jeté un coup d’œil rapide vers lui, et je l’ai aperçu en train de regarder sa montre luxueuse.
— Une minute et trente secondes.
Il a levé les yeux pour me regarder, mais son regard était impassible.
— C’est le temps qu’il a fallu à votre cerveau pour se mettre à fonctionner correctement.
Je suis demeurée immobile, en serrant la mâchoire jusqu’à ce que je retrouve mon sang-froid et la maîtrise nécessaire pour parler calmement.
— Pourquoi insultez-vous toujours mon intelligence ? Il se trouve que je suis intelligente.
Il a changé de position et a sorti ses mains de ses poches tandis que je continuais à le fixer et qu’il continuait à regarder droit devant lui. Il a joint ses mains devant lui.
— Les gens intelligents ne s’affirment pas intelligents. Lorsque vous êtes intelligent et que vous le savez, vous laissez les gens croire que vous ne l’êtes pas. Vous leur démontrez lorsqu’ils s’y attendent le moins.
J’ai haussé un sourcil.
— Est-ce comme ça que vous êtes devenu l’un des hommes les plus puissants d’Angleterre ? En prétendant que vous n’étiez pas intelligent ?
Je n’ai donc pas suivi mon propre conseil de ne pas poser de questions qui ne me regardaient pas, et qui étaient au-delà de mon niveau hiérarchique.
Papa a toujours dit que j’étais trop curieuse, et que je ne savais pas quand me taire.
— L’un des hommes les plus puissants d’Angleterre? Mademoiselle Hart, je suis l’homme le plus puissant d’Angleterre. Quelque chose que vous n’avez manifestement pas réalisé.
– Je n’ai pas manqué de comprendre quoi que ce soit. Je suis simplement rationnelle, monsieur. Je suis d’accord pour reconnaître que vous êtes l’un des hommes les plus puissants, mais de toute l’Angleterre… Avez-vous oublié que nous avons un roi et un premier ministre ?
Les mots sont sortis de ma bouche alors même que — nooooon rappelle-toi à qui tu parles — j’essayais de freiner mes ardeurs.
— Mon devoir de patron est de faire abstraction de ce genre de commentaire de la part de mes employés.
Son ton hautain m’a fait regretter d’avoir prononcé ces paroles.
Je suis demeurée silencieuse, regardant les chiffres rouges qui défilaient. L’ascenseur a pris son temps pour atteindre notre étage.
J’aurais peut-être dû me taire.
Monsieur Campbell a été occupé pendant des heures. Je n’ai donc pas trouvé le temps de lui parler, et de lui rendre son argent. Je tentais vraiment de l’éviter, mais je n’ai pas pu faire autrement que de le voir à la réunion.
En entrant dans la salle de conférence, j’ai préféré me placer là où il m’avait dit de m’asseoir la dernière fois, afin d’éviter les complications, et par complications, j’entendais d’attirer l’attention inutilement.
Je me suis installée confortablement dans mon siège, et j’ai attendu le début de la réunion.
Les autres employés, que je n’avais pas eu le plaisir de rencontrer étant donné qu’ils ignoraient mon existence ou faisaient tout pour m’éviter, m’ont fait un signe de la tête.
La réunion a commencé exactement à l’heure prévue, et monsieur Campbell a concentré son attention sur toutes les personnes présentes dans la salle.
J’ai remarqué que tout le monde était d’accord avec tout ce qu’il disait, et semblait écouter attentivement lorsqu’il parlait.
Mais si un autre employé commençait à parler, ils ne mettaient pas tant d’efforts à se concentrer.
Lorsque monsieur Campbell parlait, on ne pouvait s’empêcher d’écouter.
Ce n’étaient pas les mots qu’il prononçait, mais le ton autoritaire qu’il employait et le timbre sexy de sa voix.
Tous les regards étaient tournés vers lui, suspendus à chacun de ses mots.
Cynthia, du département de recherche en marketing, a entamé sa présentation et j’ai commencé à prendre des notes, comme le souhaitait monsieur Campbell.
Pendant l’heure qui a suivi, j’ai fait du mieux que j’ai pu pour participer, même si je me suis contentée d’acquiescer quand je trouvais une idée intéressante et de prendre des notes, sans jamais parler.
Après avoir examiné tous les sujets du jour, monsieur Campbell s’est levé.
— Excellent travail aujourd’hui. Continuez comme ça.
Tout le monde s’est levé de son siège et est sorti de la salle de conférence.
J’ai ensuite réalisé que monsieur Campbell ne faisait pas mine de s’en aller. Au moment où je m’apprêtais à sortir, il s’est éclairci la gorge.
— Mademoiselle Hart, une minute.
Je me suis retournée vers lui.
Il était toujours debout et j’aurais préféré qu’il s’asseye.
Il était vraiment intimidant et imposant lorsqu’il était debout. J’avais l’impression qu’il allait m’écraser sous ses chaussures en cuir hors de prix.
— Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez me dire ?
J’ai dégluti, mal à l’aise.
— Je ne crois pas, monsieur. Y a-t-il un problème ?
Idiote. Idiote. Dis-lui !
— Si vous avez quelque chose en tête, dites-le maintenant, a-t-il répété, en ignorant ma question.
Cet homme lisait-il dans les pensées ? Comment pouvait-il savoir que je voulais lui parler ?
C’est peut-être parce que tu l’évites et que tu es agitée en sa présence.
— C’est votre chance, a-t-il ajouté.
Vas-y, Lauren.
J’ai fait un pas vers lui, soudain nerveuse. Mais, je n’allais pas laisser ma nervosité m’empêcher de faire ce qu’il fallait faire.
C’est-à-dire protéger ma fierté.
— Je veux vous donner quelque chose.
Il a arqué un sourcil.
— Est-ce que je vous ai donné l’impression que je voulais recevoir quoi que ce soit venant de vous ? a-t-il demandé d’un ton ennuyé.
Je n’ai pu que grommeler.
— C’est dans mon sac. Permettez-moi d’aller le chercher.
Je me suis rapidement retournée, et j’ai quitté la salle de conférence avant qu’il ne m’arrête à nouveau.
À mon retour, il se tenait debout près des grandes fenêtres et observait la ville.
Je savais qu’il était conscient de mon retour, mais il ne s’est pas retourné. Je tenais ses billets dans ma main et je ne savais plus quoi dire.
— Je l’ai.
— Eh bien, avez-vous besoin que je vous dise d’approcher ?
— Non, monsieur.
J’ai avancé jusqu’à ce que je puisse voir clairement son visage.
Il s’est lentement retourné. Ses yeux gris aux cils foncés m’ont capturée dans une sorte de rêve.
Il était incroyablement beau. Comment pouvait-il être doté d’une telle perfection, et avoir une personnalité si désagréable ?
Car personne ne peut tout avoir, Lauren.
Ses yeux se sont posés sur ma main. Je me suis éclairci la gorge.
— Merci pour hier soir, mais je ne peux…
— Hier soir ?
Il a penché la tête, l’air perdu.
— S’est-il passé quelque chose hier soir dont je ne suis pas au courant ?
Mes sourcils se sont froncés.
— Euh, oui.
— Racontez-moi.
Le faisait-il exprès ? Essayait-il de me faire parler d’hier soir, alors qu’il savait que je me sentais déjà humiliée ?
— Je ne sais pas pourquoi vous m’avez donné deux mille livres, pour une robe qui en coûte sept cents. Mais quoi qu’il en soit, je vous rends la monnaie. Je vous promets que lorsque je recevrai mon salaire, je vous rendrai les 700 livres, ou vous pourrez simplement les déduire, ai-je terminé, en respirant bruyamment.
— Est-ce que je vous donne l’impression de faire de l’insomnie pour deux mille livres ?
— Non, mais…
— Vous en aviez besoin, n’est-ce pas ?
Il a fait une pause.
Prince a ruiné votre robe et j’ai payé pour les dégâts. Je me suis senti assez généreux pour doubler la somme. Pourquoi créez-vous des problèmes à ce sujet ?
— Je ne suis pas…
J’ai cessé de parler quand j’ai réalisé que j’étais sur le point d’élever la voix. J’ai pris une grande inspiration avant de reprendre mon souffle.
— Je ne crée pas de problèmes, Monsieur. Je vous remercie, mais je n’en veux pas.
— Parce que vous êtes trop bien pour ça ?
— Ce n’est pas ça, ai-je répondu avec frustration. Je ne veux pas que vous me donniez de l’argent par pitié.
— C’est ce que vous pensez que je fais ? Vous donnez de l’argent par pitié ?
— Je ne suis pas quelqu’un qui aime prendre l’argent des autres sans le mériter. Je me sens mal à l’aise de savoir que je vous dois de l’argent, alors s’il vous plaît, Monsieur, prenez-le. Je n’en veux vraiment pas.
— Jetez-le, a-t-il déclaré, d’un ton pince-sans-rire.
— Pardon ?
— Vous m’avez entendu. Jetez-le. Donnez-le. C’est à vous de décider, Mademoiselle Hart.
Il s’éloignait, mais j’ai tendu la main pour l’arrêter.
À la seconde où mes doigts ont touché son bras, j’ai senti une décharge électrique parcourir mon corps et j’ai rapidement retiré ma main.
Monsieur Campbell m’a jeté un regard furieux.
— N’essayez plus jamais de me toucher, a-t-il dit froidement, avec un ton plus glacial que jamais. Respectez-vous. Je suis votre patron et nous sommes au bureau. Il n’est pas du tout professionnel de toucher votre patron. Me comprenez-vous bien, Mademoiselle Hart ?
Secouée, j’ai hoché la tête en retenant mon souffle.
— Oui, monsieur, je suis désolée.
Ses yeux se sont plissés puis il a conclu d’un ton ferme et autoritaire :
— Remettez-vous au travail.
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