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Sang-Mêlé Livre 2

Auteur·e
Laura B.L.
Lectures
312K
Chapitres
54
Auteur·e
Laura B.L.
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54
😱Thriller🧛🏻Vampires🙅Âme sœur réticente🎭Drame🐺Loups-garous & métamorphes👩‍❤️‍👨Compagnon véritable🐺Lycans💘Compagnons destinés💪🏻Protecteur🧙‍♂️Paranormal & fantastique💪🏻Mâles alpha💪Femmes fortes⚔️Action & Aventure👑Royauté et aristocrates🧑🏽‍🦳Écart d'âge🧙‍♀️Sorcières & sorciers😇Anges & démons🐉Dragons

La vie de Daphne prend une tournure sombre lorsqu'elle perd son emploi et conclut un pacte désespéré avec un démon pour sauver son frère. Liée par la servitude, elle devient chasseuse pour le compte du roi démon Rothvaln. Naviguant dans un monde périlleux peuplé de démons, de sorcières et de lycans, Daphne découvre des secrets qui mettent sa loyauté à l'épreuve et la forcent à affronter son propre destin. Avec la vie de son frère en jeu, Daphne doit décider en qui elle peut avoir confiance et jusqu'où elle est prête à aller pour protéger ceux qu'elle aime.

Prologue

Livre deux : Séduis-moi

Traquer ceux qui ne respectaient pas leur part du marché avec le Roi Démon était le devoir de Daphné depuis qu'elle avait conclu son propre marché avec lui pour sauver la vie de son frère. Mais lorsqu'elle trahit le roi et libéra un mystérieux prisonnier, les actions de Daphné mirent en danger tous ceux qu'elle aimait. Bien qu'elle détestait le démon qu'elle avait libéré, il lui faisait ressentir la peur et le désir comme jamais auparavant. Daphné savait donc que, quel que soit le prix à payer pour garder ses proches en sécurité, elle était prête à le payer.
Nouvelle Angleterre, 1878
Le bruit de pas précipités résonnait dans l'escalier, le bois de chaque marche noire craquait alors que Daphné montait précipitamment les escaliers avec les draps propres.
Le bruit de ses pas était accompagné du tic-tac des aiguilles d'une grande horloge qui se dressait à deux mètres de haut dans la salle à manger.
L'horloge reposait sur une base solide et carrée, et le long meuble en acajou avait la forme d'un onglet sculpté qui maintenait l’horloge en hauteur.
M. Ormand allait bientôt revenir. Tous les domestiques s'empressaient de préparer le dîner et le bain. Chaque mercredi de la semaine, la même routine devait être suivie par tous.
Sauf qu'aujourd'hui, c'était le jour du bain.
Daphné atteignit le haut de l'escalier, se précipitant vers la grande porte noire à double battant au bout du couloir où se trouvaient les quartiers de M. Ormand.
Personne ne voulait y entrer. Seule Daphné osait, car elle n'avait pas d'autre choix que de le faire, sinon elle aurait été mise à la porte. Et ça, elle ne pouvait pas se le permettre.
Son jeune frère, James, qui allait bientôt avoir dix-huit ans, était en mauvaise santé, et elle était la seule personne au monde qui lui restait.
La jeune fille entra enfin dans la pièce, son regard parcourant une fois de plus les murs gris où étaient accrochés des centaines de crucifix.
Les bougies blanches devaient rester allumées en permanence. Sinon, les mauvais esprits, ou plutôt les démons, comme les appelait M. Ormand, apparaîtraient entre les ombres.
L'obsession religieuse de l'un des membres de l'église les plus respectés du village était connue de tous.
Beaucoup avaient encore peur d'entrer dans ses quartiers, et elle ne faisait pas exception. La seule différence était qu'elle devait garder son travail sans protester, sans donner la moindre opinion qui pourrait lui nuire.
Au milieu des bougies et des crucifix, elle commença à préparer la salle de bain adjacente à la chambre principale. Elle remplaça les draps sales par les draps propres qu'elle avait apportés.
Elle ne pouvait s'empêcher de remarquer à nouveau l'endroit lugubre alors qu'elle terminait. Chaque crucifix était suspendu à côté de l'autre, et des chapelets étaient éparpillés sur la commode et le lit.
Les yeux de Daphné retombèrent sur l'objet de torture qui provoquait les cris de M. Ormond deux fois par semaine.
Le fouet à la peau brune et aux lanières claires, posé sur le sol à côté du grand lit haut, était tendu et gisait sans rien faire, attendant que son propriétaire revienne pour s'en servir.
Tout le monde connaissait parfaitement la raison d'être du fouet. M. Ormond, accablé de culpabilité, se torturait lorsqu’il revenait de chez Mme Wallace : une veuve d'au moins trente-huit ans, presque vingt ans plus jeune que lui.
Ne pouvant résister, Daphné ramassa le fouet.
Elle le scruta, réfléchissant à la façon dont une personne pouvait s'infliger autant de douleur pour se libérer d'un sentiment de culpabilité aussi absurde que le plaisir charnel.
Bien qu'elle ne connaissait pas cette partie vicieuse du monde où le plaisir pouvait dépasser la raison, elle ne se considérait pas aussi prude que certaines dames.
À l'âge de vingt-deux ans, son raisonnement avait quelque peu mûri, comprenant, grâce aux expériences racontées par les autres servantes de la maison, que l'acte purement sexuel n'était pas aussi pécheur que M. Ormand le croyait.
Et pourtant, il était guidé par la luxure.
Mue par sa curiosité, ses doigts caressèrent l’outil de torture. Se pouvait-il vraiment, qu’à travers la douleur, M. Ormand puisse se libérer de ses remords ?
Comment était-il possible d'endurer la torture encore et encore sans s'arrêter ? Enthousiasmée par ses pensées, elle ne se rendit pas compte que des pas lourds se rapprochaient.
La porte s'ouvrit soudain, et des yeux bleus furieux sur un visage vieillissant la surprirent au point que Daphné sursauta, lâchant le fouet.
M. Ormand regardait le sol où le fouet était tombé, son visage devenant encore plus furieux à chaque seconde qui passait.
« Je suis terriblement désolée, monsieur... » Daphné essaya de s'excuser quand elle fut interrompue.
« Partez. »
« Monsieur, je vous en prie, épargnez-moi. Je n'avais aucune envie de... »
« J'ai dit partez. Maintenant ! »
Le désespoir était ce que ressentait Daphné à présent. Les larmes aux yeux, elle tomba à genoux, suppliant M. Ormand de lui pardonner.
Il lui saisit le bras, la traîna sur le sol et la laissa en dehors de la pièce.
Elle était perdue. Son seul moyen de subsistance, qui pouvait faire vivre son frère, venait de disparaître par sa faute. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu'elle prenne le fouet au sol ?
Pourquoi ne pouvait-elle pas faire ce qu'elle faisait toujours sans prêter la moindre attention aux affaires de M. Ormand ?
Daphné venait de condamner la vie de James.
Avec regret, elle retourna à la rencontre de James, qui l'attendait aux abords du village.
Il était accompagné d'Agate, une vieille femme qui, bien qu'un peu étrange, l'aidait depuis presque trois ans.
Au début, elle ne comprenait pas pourquoi Agate avait l'intention de l'aider avec son frère.
Il était inhabituel pour des gens pauvres d'aider d'autres pauvres, et bien qu'Agate soit une vieille femme frivole, elle n'a jamais dit un mot grossier ou fait un geste violent envers elle.
Les feuilles sèches crissaient sous les pieds tandis que Daphné descendait le chemin forestier jusqu'à la cabane.
L'atmosphère était baignée de nuances d'orange et de rouge, et l'air froid frappait son visage, laissant des marques rougeâtres sur ses joues et le bout de son nez.
Plus elle s'enfonçait entre les arbres, plus elle commençait à avoir froid.
Elle essayait de penser à de nouvelles façons de gagner de l'argent. Peut-être qu'elle pourrait demander du travail dans la maison de M. Brown.
Bien qu'il eût la réputation d'être cruel envers ceux qui étaient emprisonnés, on disait qu'il était tout à fait décent, bien que sa femme maltraitât les domestiques.
C’était à Daphné qu'incombait la responsabilité de prendre soin de son frère et de payer Agate pour toutes ces infusions censées agir sur James. Aucun médecin ne voulait traiter son frère par peur de la contagion.
On pensait que James avait peut-être la tuberculose, mais elle n'avait jamais été infectée.
Bien sûr, personne n'était au courant de la situation de Daphné, car elle craignait que personne ne lui redonne du travail une fois la nouvelle répandue.
Elle se souvenait de la première fois où elle avait rencontré la vieille femme.
C'était précisément un jour où elle errait dans la ville, se renseignant sur les emplois possibles, qu'elle avait rencontré Agate, une dame qui disait avoir au moins soixante-dix ans.
Ses cheveux gris étaient rassemblés en tresses, ses yeux étaient bruns, ses mains étaient couvertes de taches de rousseur et elle avait un nez crochu.
Lorsque Daphné l’avait vue pour la première fois, elle vit comment M. Brown et un autre de ses sbires lui avaient crié « hérétique » et « sorcière », la laissant allongée sur le sol sans bouger.
Beaucoup craignaient encore ces mots, car beaucoup continuaient à raconter les histoires des procès de Salem.
Daphné observait de loin, ne voulant pas être approchée et être associée à elle. Alors qu'elle était sur le point de se retourner pour partir, quelque chose en elle craqua.
Comment pouvait-elle laisser derrière elle une pauvre vieille femme sans défense dans la rue ? Personne n'avait la moindre raison de l'accuser d'être une sorcière.
Elle pensa à ce moment-là à sa mère, qui avait disparue il y a longtemps, les abandonnant, elle et son frère.
Sans laisser de trace, elle avait disparue. Et son père ? Elle ne savait même pas qui était son père.
Daphné s'approcha d'Agate, la tirant par les bras et l'aidant à se relever. Certaines personnes regardaient de loin avec des yeux curieux, d'autres regardaient avec désapprobation.
M. Brown était déjà parti.
« Allez-vous bien ? » demanda Daphné.
La vieille femme la fixa pendant de longues secondes, et Daphné lui demanda à plusieurs reprises si elle allait bien.
« Je vais bien, merci, mon enfant. » Elle sourit, et ses yeux ridés regardèrent de nouveau Daphné, la scrutant.
« Très bien, portez-vous bien. » Elle s'apprêtait à avancer quand la vieille dame lui attrapa soudainement le poignet.
« Comment vous appelez-vous ? »
« Daphné Brooks », répondit-elle en regardant avec précaution les vieux doigts agrippés à sa peau.
« Et comment puis-je remercier Daphné Brooks pour une telle générosité ? »
« Pas besoin, madame... ? »
« Agate. »
« Juste Agate ? »
« Juste Agate. Je ne veux pas que vous partiez sans que je puisse vous rendre la pareille. »
« Je ne crois pas que vous puissiez m'aider... » Elle lui parlait doucement en essayant de ne pas paraître impolie.
« Je crois que je peux... Regana Damonish. » Le regard sur le visage d'Agate était étrange.
« Pardon ? Qu'avez-vous dit ? » demanda-t-elle, quelque peu alarmée. Elle n'avait pas compris la dernière phrase que la vieille dame venait de prononcer.
« Si vous avez besoin d'aide, venez me trouver. J'habite à la sortie du village, dans les bois. »
« Passez une bonne journée, Agate. » Daphné s'empressa de lui dire au revoir et partit sans se retourner.
Agate n'avait pas encore bougé de sa place, regardant la jeune femme disparaître au loin. Un sourire mystérieux se répandit sur son visage.
Le Regana s'était enfin montré, et il restait peu de temps avant que l'Antequrom n'apparaisse à nouveau.
Daphné arriva enfin à la hutte d'Agate où elle et James demeuraient, se délestant de toute pensée et entrant.
La maladie de son frère n’était pas encore guérie, bien que les infusions d'Agate soulageaient sa douleur.
« Daphné, que fais-tu ici ? Tu n'es pas censée revenir ici avant deux jours », dit James en fronçant les sourcils, allongé sur le lit étroit.
Son frère était un jeune homme grand et mince, sa peau d'une pâleur maladive éclipsant toujours son beau visage. Des mèches brunes tombaient sur les côtés de son visage.
« On t'a jeté hors de la maison. » Agate se détourna du chaudron en ébullition sur le feu.
Daphné vit James ouvrir de grands yeux inquiets. « Que s'est-il passé, Daphné ? Ils t'ont fait du mal ? » James commença à s'agiter, essayant de se lever, mais une forte toux le fit se recoucher.
Daphné se précipita vers lui, et ce n'est qu'en voyant les taches de sang sur la paume de James qu'elle remarqua les autres morceaux de tissu empilés sur le sol, sales de sang.
Elle passa sa main sur le front de son frère bien-aimé, y déposant un baiser. « Personne ne m'a rien fait, James.
« C'est moi qui ai fait une erreur, et cela m'a coûté mon travail. Mais ne t'inquiète pas, demain je retournerai au village et je verrai si quelqu'un a besoin d'une assistante. »
« Daphné... » Agate dit d'une voix usée en reportant son attention sur elle. le« Je veux te parler un moment. »
Daphné acquiesça et la suivit hors de la hutte. « Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle, sentant d'une certaine manière les prochains mots de la sorcière.
« James, il ne lui reste plus beaucoup de temps. Mes remèdes ne fonctionnent pas sur lui. »
Daphné resta silencieuse pendant un moment.
« Mais n’as-tu pas dit que tu pouvais le guérir ? N'est-ce pas toi qui t’es vantée d'être une sorcière puissante et que tu allais l'aider ? » Elle commença à cracher des mots pleins de colère au milieu des larmes.
« Daphné, tu te souviens de ce que je t'ai dit quand tu es venue me chercher ? ». Agate lui parlait avec une expression sévère.
Daphné ne pouvait que pleurer.
« Je t'ai dit que j'aiderais ton frère à prolonger sa vie autant que possible.
« En effet, je suis une sorcière, mon enfant, et je te remercie d’avoir pris soin de moi pendant tout ce temps, bien que je t'aie payé ma dette.
« Mais je ne peux pas sauver ton frère. Mes pouvoirs ont une limite. Je ne peux pas sauver une âme mortelle qui est déjà condamnée. »
Daphné tomba à genoux, pleurant de façon inconsolable. Elle ne pouvait pas perdre James, son frère, sa seule famille. Elle porta ses mains à son visage rouge, baigné de larmes.
Que ferait-elle sans lui ? Que ferait-elle dans ce monde sans son cher frère ? Ne plus entendre sa voix ? Ne plus le voir sourire ?
« Je ne peux pas le sauver, Daphné, mais je sais qui le peut. »
Daphné arrêta de sangloter brusquement et se leva. « Tu connais quelqu'un, et tu me le dis seulement maintenant ? Qui est cette personne ? Je vais aller la trouver immédiatement. »
« Ce n'est pas quelqu'un que tu peux trouver facilement. Mais... il y a un prix que tu devras payer. »
« Quoi que je doive faire, je le ferai », répondit Daphné sans penser aux conséquences.
« Très bien. »
Agate ferma les yeux et commença à réciter des mots étranges. Ses doigts plissés et crispés touchèrent un anneau avec une pierre noire grotesque qui pendait à son cou.
« Que veux-tu maintenant ? »
Une voix masculine fît sursauter Daphné, qui se retourna rapidement. Ses yeux couleur ambre rencontrèrent des yeux marron foncé et un nez romain.
L'homme qui était sorti de nulle part était en effet très beau, même si elle sentait que derrière cette façade, il y avait une aura sombre. Quelque chose de maléfique.
« J'ai besoin d'une faveur », commença à dire Agate. « Voici Daphné Brooks. Elle a un frère qui a besoin d'aide. Elle a besoin de conclure un accord. »
L'homme regarda la jeune femme de la tête aux pieds ; bien que sa robe grise unie laissât beaucoup à désirer, il s'arrêta pour regarder son visage. C'était sans aucun doute une charmante jeune femme.
De petites taches de rousseur s'étiraient entre son nez et ses joues, la couleur ambrée de ses yeux en amande mettait en valeur son visage, et ses cheveux noisette étaient le complément parfait d'une beauté ordinaire.
« Qui êtes-vous ? » Daphné lui demanda. Quelque chose en elle lui disait qu'il ne fallait pas faire confiance à cet homme.
« Rothvaln. »
« C'est un démon », expliqua Agate.
Daphné la regarda avec incrédulité, et un rire hystérique explosa en elle.
« Un démon ? » dit-elle, et elle regarda Agate, qui restait sévère. Puis elle regarda à nouveau l'étrange homme vêtu de noir qui ne broncha pas devant son apparente moquerie.
« Voulez-vous que j'aide votre frère ? Oui ou non ? » Rothvaln lui demanda avec une soudaine impatience.
« Vous... Comment pouvez-vous l'aider ? » La voix de Daphné était presque un murmure.
« Je peux lui donner plus d'années de vie, mais je dois recevoir quelque chose en retour. »
« Je n'ai pas d'argent... »
« L'argent n'est qu'un objet de valeur pour vous, mortels. J'exige plus que cela. »
Daphné ne comprenait pas ce qu'elle pouvait lui donner d'autre ? Peut-être devrait-elle se donner à lui corps et âme ? Lui donner sa virginité ?
« Je me donnerai à vous si... si c'est ce que vous souhaitez », dit-elle avec hésitation.
Rothvaln lui sourit, mais ce ne fût pas un de ces sourires de complicité ou d'humour. Ce fût plutôt un sourire sardonique, plein de secrets que lui seul connaissait.
« Je t'aime bien, Daphné », dit Rothvaln avec douceur, et son cœur se mit à battre avec véhémence. La peur, c’était ce qu'elle ressentait à cet instant précis. « Trois siècles pour ton frère, et tu travailleras pour moi. »
« Pour combien de temps ? »
« Un demi-millénaire ? Mais si tu me trahis ou me désobéis, ton frère cessera d'exister à ce moment précis. »
Beaucoup de choses traversèrent l'esprit de Daphné. Sa vie était déjà condamnée.
Passer un accord avec un démon ne rendrait pas sa situation pire mais un peu meilleure. Et plus que cela, James vivrait encore de nombreuses années.
Peu importe si ce n'était pas pour toujours, ce qui comptait c'est qu'il vivrait en bonne santé pendant trois siècles de plus, et qu'elle aurait assez d'années à partager avec lui.
Vendre son âme ? Se donner à un démon ? Elle était prête à tout pour sauver James et passer du temps avec lui. Elle fixa Rothvaln, puis Agate.
Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontrée, Agate la regarda avec un sourire sur le visage. Rothvaln ne manqua pas cet instant.
Il lui sembla très étrange que, connaissant la nature d'Agate Brevil, elle décida d'aider cette simple mortelle.
Et pour son plus grand malheur, il ne pouvait pas refuser les demandes de la vieille femme, pas quand elle connaissait le plus grand secret du Royaume des Démons et qu'elle était liée par un pacte.
« Marché conclu », dit finalement Daphné.
***
Aujourd’hui
Des gouttes d'eau incessantes tombaient sur le visage d'une tueuse, une femme cherchant à régler une dette.
Ceux qui avaient fait un pacte avec un démon et n'avaient pas pu l'honorer craignaient qu'elle ne les retrouve. Ce cauchemar se cachait maintenant dans l'ombre, attendant la prochaine cible.
Le corps de Daphné était recouvert d'une chemise noire, d'un pantalon en cuir et de bottes, le tout protégé par une lourde cape qui cachait sa silhouette, projetant une aura tout à fait menaçante.
Elle ne pouvait que prier pour que sa prochaine mission ne soit pas aussi déconcertante que la précédente. Il avait fallu deux semaines à Daphné pour se remettre d'un sort qui la faisait continuellement halluciner.
Et grâce, une fois de plus, à Rothvaln, elle avait pu échapper à cette agonie. Car il n'était pas facile de voir son James mourir de toutes les manières possibles.
Daphné regarda à nouveau la porte de ce qui semblait être une maison, ou plutôt une cabane en ruine, à en juger par son état.
Une faible lumière, peut-être celle d'une bougie, était la seule chose qui éclairait l'intérieur. Le tonnerre et la pluie étaient ses compagnons cet après-midi.
Le Royaume des Sorcières semblait encore plus sombre, surtout dans cette partie du royaume, où ne subsistaient que ceux qui n'avaient pas leur place dans la société d'élite d'Evanora.
« La Pays de personne », c’était ainsi qu'on appelait ce bout de terre. Il n'y avait aucune splendeur. Il y avait de la boue à la place des routes, des maisons qui ressemblaient à des huttes, de vieux chariots, des sorcières et des sorciers qui semblaient dépenaillés.
La différence était énorme entre eux et ceux de haut rang.
Daphné ajusta une nouvelle fois sa cape, cachant encore plus ses traits sous le capuchon sombre. Elle commença à marcher, se rapprochant de sa cible.
Ses doigts tenaient l'anneau de pierre grotesque qu'Agate lui avait donné il y a des années avant de disparaître.
Pour une raison quelconque, ce bijou lui apportait le réconfort dont elle avait besoin lorsqu'elle était la plus anxieuse.
L'eau boueuse éclaboussait à chaque pas ; l'odeur de pourriture avait temporairement disparu à cause de l'orage.
Des maisons aux toits délabrés et aux murs en ruine longeaient la route étroite et marécageuse. Une atmosphère glaciale, compte tenu de la dangerosité de l'endroit.
La peur était l'émotion la plus rationnelle qu'elle pouvait ressentir maintenant, sachant ce qui s'était passé la dernière fois... cependant, elle n'avait pas d'autre issue.
Des années de remboursement de dette avaient été sa tâche depuis qu'elle avait fait un pacte avec le Roi des Démons lui-même.
Elle monta les deux marches en bois détériorées, sans se soucier du bruit qui trahissait sa présence. Quand la Tueuse de Rothvaln arrivait, il n'y avait aucun moyen pour quiconque de s'échapper.
De nombreuses années d'entraînement acharné, du sang sur son visage, des blessures qui ne semblaient jamais guérir, des centaines de tortures qui semblaient ne jamais finir, voilà l'entraînement acharné qui avait fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui.
Rothvaln s'assura qu'elle était convenablement adaptée à ce travail.
Sans frapper, elle ouvrit la porte, et avec la grâce menaçante qui la caractérise, Daphné entra enfin. Elle inspecta les lieux.
Une bougie était posée sur une table, presque fondue, et une autre, presque neuve, était posée sur le bord d'une fenêtre. La cape de coton vert foncé révélait le visage du danger.
Le regard de Daphné se posa sur le dos d'une silhouette de femme recroquevillée dans un coin. Elle était couverte de haillons qui semblaient autrefois avoir été blancs. Ses cheveux semblaient dorés, et de jeunes bras soutenaient un visage caché.
Des sanglots à peine audibles provenaient de l'étrange silhouette. La lumière à l'intérieur devint plus faible lorsque la bougie presque fondue s'éteignit finalement.
Daphné s'approcha de sa cible avec précaution. La dague, qui était rengainée sur sa cuisse, attendait d'être enfin utilisée.
« Filix Wood », commença à dire Daphné.
Le corps de la femme tremblait, elle sanglotait frénétiquement.
« Conspirer contre un démon est une haute trahison dans le royaume de Rothvaln... »
Son rire hystérique fît cesser Daphné de parler. La femme était toujours recroquevillée, la tête cachée entre ses bras et ses genoux.
« Rothvaln... ? » Un visage commença à émerger de ces rires. La femme semblait aussi jeune que ses bras. Elle avait des yeux verts et des lèvres épaisses.
« Je sais ce que personne ne sait... » La femme continuait à rire de façon frénétique.
Daphné la regardait sans une once d'émotion. Son visage froid ne trahissait pas sa curiosité quant à ce dont parlait cette sorcière.
« Antequrom », dit-elle encore en riant.
~Antequrom ? Qu'est-ce que ça veut dire ? C'était la première fois qu'elle entendait ce mot.
« C'est quoi Antequrom ? » demanda Daphné.
La femme, qui était toujours assise sur le sol, se tourna vers elle. Son fou rire s'arrêta, et elle offrit à Daphné un sourire mystérieux sans montrer ses dents.
« Personne ne sait...personne ne sait...tout le monde va mourir...il va mourir...tout le monde va mourir...ingrats... » La femme commença à se répéter encore et encore.
Alors que Daphné fût sur le point de poser une autre question, le jeune visage de la femme se jeta sur elle.
Là où il y avait autrefois une paire de bras et un teint juvénile, il n'y avait maintenant que des rides et une peau usée par les années.
La sorcière se jeta sur Daphné, essayant de lui arracher les yeux avec ses ongles longs et sales.
Daphné lui donna un coup de poing dans le nez, faisant reculer la sorcière. Daphné profita de ce moment pour se lever. Sa main droite se verrouilla sur le cou de la sorcière, l'étranglant fortement alors qu'elle la soulevait du sol.
La sorcière essaya désespérément de se libérer de sa prise, et Daphné serra encore plus fort. Les gémissements cessèrent avec le bruit de son cou qui se brisait.
Le corps de la sorcière tomba sur le sol. Daphné la regarda d'en haut sans aucune expression ni remords.
Cela faisait longtemps qu'elle avait surmonté ces émotions, ces sentiments de culpabilité.
Au début, elle souffrait pour chaque victime qui tombait entre ses mains, mais le visage de James était la seule chose qui la poussait à se lever chaque matin et à remplir son objectif.
Elle ne pouvait pas gâcher tout ce qu'elle avait accompli jusqu'à présent. Abandonner James ? Pas quand elle était ravie de le voir heureux, vivant toutes ces années. Elle ne regrettait pas sa décision.
Alors que la pluie continuait de tomber, Daphné sortit un objet qui pendait à son cou. Sa structure circulaire en fer noir portait l'insigne du Royaume des Démons.
Des vagues de fer formaient des ailes retenant un symbole au centre qui semblait être un losange, mais au quatrième point, une sorte de poignard descendait, ou du moins c’était ce que cela semblait être.
Daphné approcha la médaille du visage de la sorcière. La peau ridée commença à brûler, le sceau prenant forme. Tous les êtres qui ne respectaient pas l'accord recevaient cette dernière punition.
Tous connaissaient un destin peu glorieux, et tous, sans exception, recevaient la marque de débiteur du royaume de Rothvaln.
Elle remit la médaille sur son cou, laissant un corps sans vie et une cicatrice sur son visage. Tout le monde savait ce que cela signifiait. La sorcière avait passé un marché avec un démon et ne l'avait pas honoré.
Les yeux de Daphné se posèrent sur le petit récipient de cristal accroché au cou du corps sans vie, un liquide rouge à l'intérieur. Elle le retira de son cou.
Ce n'était pas la première fois qu'elle trouvait ce type de récipient rempli de sang, celui que les sorcières appelaient Daemon Touch, alors qu'il n'était rien d'autre que du sang de démon, aussi mortel qu'un baiser de fée.
Ajustant à nouveau sa cape sur sa tête, elle se retourna et quitta les lieux, se transportant dans le Royaume des Démons.

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