
Tu es à moi
Auteur·e
Kitty Jansen
Lectures
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Chapitres
20
Chapitre 1
KAT
« Il faut qu'on parle », dit Roman alors que je franchissais le seuil de la maison.
Je poussai un soupir et déposai mon sac près du canapé. C'était mon dernier jour comme serveuse au restaurant, et l'équipe avait insisté pour prendre un verre après le service.
J'étais déjà épuisée. Mes pieds me faisaient un mal de chien.
J'avais essayé de refuser, mais ma meilleure amie Faelan n'avait rien voulu entendre. C'était aussi son dernier jour, et elle adore faire la fête !
J'avais bu trop de tequila à cause de Faelan, et je n'avais vraiment pas la tête à discuter. Mais Roman avait l'air si sérieux que je ne pouvais pas y couper.
« De quoi veux-tu parler ? » demandai-je, en essayant de ne pas avoir l'air éméchée.
« Pourquoi veux-tu vivre avec Faelan ? »
Je le regardai, perplexe.
Pourquoi faut-il en parler maintenant ? Ça ne peut pas attendre ?
Je soupirai et répondis rapidement, en espérant qu'il ne remarque pas mon état. « C'est ma meilleure amie. »
Faelan et moi venions de terminer nos études d'enseignement, et pour fêter ça, ses parents lui avaient déniché un grand appartement à louer.
Faelan m'avait convaincue de le partager avec elle.
« Non, je veux dire, pourquoi veux-tu déménager ? Tu viens de quitter ton boulot. Tu n'as pas encore commencé ton nouveau travail. En plus, les profs débutants ne gagnent pas des mille et des cents.
« Reste ici, mets de l'argent de côté, et quand tu seras prête, tu auras assez pour avoir ton propre chez-toi. »
Il ne peut pas être sérieux !
Je regardai le visage triste de mon beau-père. Ses yeux étaient cernés comme jamais.
Ses cheveux roux étaient en bataille et il avait une barbe de trois jours.
« Roman, tu sais bien que les parents de Faelan paient le loyer pour les six premiers mois, donc je n'aurai rien à débourser pendant cette période.
« C'est une bonne occasion de mettre de l'argent de côté », dis-je doucement.
Roman n'a jamais vraiment porté Faelan dans son cœur. J'attendis de voir ce qu'il allait dire ensuite.
Faelan et moi étions amies depuis nos cinq ans, et il n'aimait pas son côté un peu foufou.
Elle était aussi la seule amie que mon beau-père n'avait pas réussi à faire fuir. Pour une raison ou une autre, il se méfiait des autres et essayait de me « protéger » d'eux en se montrant très difficile.
« Tu devras quand même payer l'électricité, la nourriture et tout le reste. Tu n'as pas ces frais-là si tu restes ici », dit-il.
« Roman, je suis adulte maintenant. J'ai besoin de voler de mes propres ailes. Et puis, tu n'es jamais là de toute façon. Quand je travaille, tu dors, et quand je rentre, tu pars bosser et vice versa. »
« Tu ne travailleras pas pendant le mois qui vient jusqu'à la rentrée, rétorqua-t-il. Et être adulte, ça veut dire être responsable. Tu trouves ça responsable de conduire après avoir bu ? »
« Je ne suis pas saoule ! m'écriai-je un peu fort. L'équipe a fait un petit pot de départ et j'ai bu quelques verres de tequila, pas la mer à boire. »
« Si tu le dis, Katherine. » Il avait l'air très mécontent, et je me sentis mal à l'aise. Mais je n'allais pas lâcher l'affaire.
« J'ai besoin d'apprendre à me débrouiller et à prendre mes propres décisions. »
Roman commença à s'énerver. « Te débrouiller ? Mais en vivant avec Faelan ? On dirait que tu ne veux plus être près de moi. C'est à cause de Faelan ?
« Je t'ai dit que cette fille était une mauvaise influence la première fois que tu l'as ramenée à la maison, mais tu n'écoutes jamais ! » Sa voix montait dans les aigus.
« Katherine, il faut que tu m'écoutes cette fois ! Tu n'as pas le droit de quitter cette maison, tu es à moi, et tu vas rester avec moi. » Ses yeux étaient noirs de colère.
Wow, qu'est-ce qui lui prend ? D'où ça sort ? Pour qui il se prend ?
« Quoi ?! » Je voulais crier mais ça sortit dans un murmure. Je détestais le rendre malheureux comme ça.
Roman ferma les yeux et grogna, puis se calma. « Je suis désolé, ma chérie. Ce que je voulais dire, c'est que tu es sous ma responsabilité. Si tu ne vis pas ici, je ne peux pas prendre soin de toi.
« Je ne peux pas m'assurer que tu es en sécurité. Que dirait ta mère si elle était encore là ? » La voix de Roman tremblait presque. Je voyais bien qu'il se sentait mal et j'ai failli avoir pitié de lui.
Presque. Parler de ma mère décédée, c'était un coup bas.
« J'ai 22 ans, Roman. Il est temps que je vole de mes propres ailes. C'est ce que Maman aurait voulu. Je ne serai pas toute seule.
« Faelan et moi veillerons l'une sur l'autre, et tu seras à deux pas en voiture. On pourra dîner ensemble chaque semaine si ça peut te rassurer. »
« Kat, il y a des choses qu'on ne peut pas simplement « apprendre sur le tas ». Mais je suppose que je ne peux pas t'en empêcher, dit-il tristement. On en reparlera plus tard. Je dois me préparer pour le boulot. »
En reparler plus tard ?
Il n'y avait rien à ajouter !
Il se leva de son fauteuil habituel dans le salon, me regarda et esquissa un petit sourire avant de monter à l'étage. Je voyais bien que ça le tracassait vraiment, mais à quoi s'attendait-il ?
Voulait-il que je reste à la maison jusqu'à ce que je me marie ? Peut-être espérait-il que je finisse vieille fille avec quatre chats et que je reste à la maison pour toujours.
Ça n'allait pas se passer comme ça ! Surtout pas si Faelan avait son mot à dire !
Ma meilleure amie avait beaucoup de rendez-vous. Chaque week-end, elle sortait à la recherche de son « prince charmant », comme elle disait. Les gars qui l'invitaient n'avaient qu'une seule chance.
Elle n'était pas sortie plus d'une fois avec un garçon depuis son petit ami du lycée, Freddie.
Même lui s'était fait larguer le jour de ses dix-huit ans, après qu'elle ait décidé qu'elle ne l'aimait plus. J'avais eu de la peine pour Freddie.
J'étais allée lui parler et j'avais découvert qu'il n'était même pas triste. Ils étaient même restés amis après ça.
Je jetai un coup d'œil autour du salon et vis mon sac à côté du canapé. Je le ramassai et montai les escaliers.
Comment allais-je faire comprendre à Roman que je prenais la bonne décision ? Et pourquoi en avais-je besoin ?
Une fois dans ma chambre, je commençai à emballer certaines de mes affaires. Je n'avais pas grand-chose à moi, et la plupart de mes affaires étaient des vêtements.
Je mis le peu de bibelots que j'avais dans une petite boîte, puis emballai mes vêtements d'hiver, dont je n'avais pas besoin pour le moment.
Peut-être qu'en voyant les valises faites, Roman comprendrait enfin. Il ne pouvait pas me traiter comme un bébé pour le restant de mes jours.
















































